mardi 23 mars 2021

La fraude de Didier Raoult : « Je ne regrette rien »

Article traduit en français depuis le blog de Leonid Schneider avec l'aide de DrMuchaaa

Depuis un an, les données falsifiées, les fraudes financières et les essais cliniques illégaux et truqués du gourou de la chloroquine Didier Raoult se poursuivent.

Il y a tout juste un an, je publiais un premier article sur le microbiologiste français, Didier Raoult. Le directeur de l’IHU Méditerranée Infection et tout-puissant professeur de l’Université Aix-Marseille vantait l’hydroxychloroquine, un médicament contre la malaria, comme traitement pour la Covid19.

L’étude initiale de Gautret et al. IJAA 2020 a été débunkée immédiatement après publication, et il en fut de même pour tout ce qui venait de l’IHU à propos de l’hydroxychloroquine. La chloroquine et l’hydroxychloroquine se sont montrées terriblement inefficaces dans tous les essais cliniques menés correctement. Plus personne ou presque ne parle de ce traitement aujourd’hui, le monde s'étant tourné vers d’autres charlataneries. Elisabeth Bik a identifié une grande quantité de données falsifiées dans les publications de Didier Raoult. D’anciens rapports ont refait surface, qui évoquent le harcèlement exercé par Raoult lui-même au sein de l'IHU, ainsi que des cas de harcèlements sexuels, toujours dans ce même institut, qu’il a couverts.

Tandis que Bik décèle toujours d'avantage de fraudes scientifiques, un médecin français, Christian Lehmann a révélé une gigantesque escroquerie, criminelle, que Raoult a orchestrée pour mener ses propres essais cliniques sur l'hydroxychloroquine . Ce sera donc le sujet de mon article anniversaire.

À lire également :

1. L’essai de Didier Raoult sur la chloroquine et son historique de harcèlement et de manipulation de données

2. L’attaque de Raoult contre ses critiques

3. L’explication sur la chloroquine par C. Lehmann

4. L’amitié sur la chloroquine entre Raoult et Christian Perronne

5. Comment l’International Society of Microbial Chemotherapy (ISAC) est devenue un membre du culte Raoultien de la chloroquine

6. Racisme, antisémitisme, misogynie et fétichisme militaire à l’IHU

Le mégalomaniaque Raoult se perçoit comme un croisement du général Charles De Gaulle avec Édith Piaf. Le druide de la choloroquine, fétichiste militaire, récompense ses fantassins les plus fidèles avec des médailles de guerre contre la Covid19 et publie un livre, « Les carnets de Guerre » tout en entonnant « Je ne regrette rien ».

 

Le Figaro, Février 2021

En effet, pourquoi devrait-il regretter quoi que ce soit, puisque les politiciens de l’extrême-droite française sont tous de son côté ? Didou et son gang de l’hydroxychloroquine sont intouchables, car ils ne semblent pas être seulement soutenus par les fascistes en politique, en médecine et dans le domaine académique, mais probablement aussi par les militaires français. Toutes les tentatives de mettre Raoult face à ses responsabilités pour ses essais cliniques ostensiblement illégaux (qui ont même impliqué des enfants) ont échoué, car apparemment, c’est ainsi que fonctionne la France.

Mais récemment, Raoult a été piqué au vif. Non pas grâce aux autorités médicales fançaises, ni aux politiciens, ni même, dieu les en garde, aux universitaires. Il n'y a rien à espérer d’eux, car ils ont peur de Raoult et de son armée brune. Le héros est Christian Lehmann, un de ces irréductibles médecins français, trop peu nombreux, résistant face au druide du culte de la chloroquine, qui a aussi honoré mon blog d’un article d’invité.

Lehmann a publié le 10 mars 2021 un scoop sous forme d’enquête d’investigation dans le journal Libération. Le bulldog enragé de Raoult, antisémite misogyne et officier de l’armée française, Éric Chabrière, a rapidement déclamé sur twitter qu’il allait faire tuer Lehmann. Reste à voir si ces menaces de mort demeureront, elles aussi, impunies. Ce que Lehmann y révèle est vraiment explosif.

Pour résumer, Raoult a organisé un essai clinique illégal avec de vrais patients pour prouver que la chloroquine était efficace, publié le 20 mars 2020 sous Gautret et al. IJAA 2020, dans le journal de l’ISAC dont le rédacteur en chef est un subordonné de Raoult à l’IHU. À cette occasion, le gourou marseillais a distribué de l’hydroxychloroquine à des milliers de patients modérément malades en ambulatoire tout en les déclarant comme hospitalisés. Il a ainsi pu encaisser de l'argent de manière frauduleuse, en piochant dans les caisses du système de sécurité sociale français comme dans les poches de ses patients. Ces derniers, qui n’ont jamais occupé de lit d’hôpital, ont été comparés à des patients gravement malades de la covid19 hospitalisés ailleurs en France. Raoult a déclaré qu’ils avaient guéri grâce à sa combinaison magique de chloroquine/hydroxychloroquine associée à l’antibiotique azithromycine. Il a publié ces résultats sous la forme d' un essai clinique « observationnel » dans ses propres journaux scientifiques parrainés par Elsevier. En réalité, ces études, incluant des enfants et n’ayant pas reçu d’approbation éthique, n’étaient pas observationnelles mais plutôt interventionnelles, ce d'autant plus que Raoult est intervenu pour les mettre en scène. Voici comment il s’y est pris :

Lehmann a obtenu son scoop grâce à d’anciens patients de l’IHU de Raoult. L’un d’entre eux a ressenti des symptômes de type covid19 en mars 2020 et s’est rendu à l’IHU, où il fut testé positif au sars-cov-2. Le jour suivant, on lui proposa un traitement : de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine. Le patient revint à trois reprises pour des analyses sanguines, un autre test PCR et deux électrocardiogrammes. Quelques mois plus tard, il reçut une facture de 1264€ pour chacune de ces visites, pour un total d’environ 3800€, soit grosso modo 10 fois le coût habituel d’un patient reçu en ambulatoire.

 

Prescription datant du 9 septembre 2020 pour de l’hydroxychloroquine, de l’azithromycine et du zinc par un médecin de l’IHU à un patient externe sans doute enregistré comme « hospitalisé ».

Dans le système de santé européen, 80% de ces coûts sont couverts par la sécurité sociale du pays, le reste étant soit pris en charge par des assurances de santé complémentaires privées, soit à la charge du patient non assuré. L’argent n’a pas été encaissé par l’IHU , mais par l’hôpital public de la ville de Marseille. Mais pourquoi tout ce cirque me diriez-vous ?

Tout simplement parce qu’au printemps 2020, les autorités françaises n’ont autorisé le traitement à l’hydroxychloroquine que pour des patients hospitalisés pour la covid19. en effet, un décret ministériel de mars 2020 stipulait que l’hydroxychloroquine n’était que « pour les patients hospitalisés dans un état sévère, après décision collégiale des médecins et sous surveillance médicale stricte ». Prescrire cette molécule à des patients en ambulatoire qui la prendraient à la maison était explicitement illégal. C’est pourquoi Raoult inventa un système d’ « hospitalisation de jour » où les patients qui ne passaient pas plus d’une heure à l’IHU, le temps de réaliser un test rapide et de recevoir une prescription d’hydroxychloroquine, étaient déclarés comme hospitalisés avec une forme sévère de covid19.

Le 27 mai 2020, les règles françaises ont encore changé, s'en référant aux résultats de la recherche scientifique, il devint alors illégal de traiter les patients avec de l’hydroxychloroquine, même au sein d’un hôpital. Comme d’habitude, la loi ne s’est pas appliquée à Raoult ni à l’IHU. Un autre patient a effectivement dit à Lehmann qu’il avait été traité en ambulatoire à l’IHU avec de l’hydroxychloroquine en octobre 2020, et qu’il avait reçu une facture d’environ 1200€ pour chacune de ses visites.

Avec l’aide d’un expert médical, Lehmann a trouvé des preuves, disponibles en ligne, que l’IHU de Raoult facturait de fausses hospitalisations à des patients reçu en ambulatoire depuis le début de la pandémie. Chaque consultation était enregistrée comme une hospitalisation de jour. Durant l’année 2020, la région de Marseille a été beaucoup moins affectée par la pandémie que Paris ou le nord de la France. Pourtant, 41% des hospitalisations de jour de toute la France pour la Covid-19 ont eu lieu à Marseille.


Mais cela n'est pas passé inaperçu. En mai 2020, Dominique Martin, le directeur de l’Agence Nationale de la Sécurité du Médicament (ANSM) s’est rendu à Marseille pour enquêter sur les activités de Raoult. Il a écrit aux autorités médicales françaises, à la sécurité sociale et même au gouvernement en indiquant qu’il y avait des hospitalisations de jour suspectes.

« Conformément au décret du 23 mars 2020 modifié, applicable lors de la réalisation de ces études, et qui réservait l’utilisation de l’hydroxychloroquine à l’hôpital, le Pr Raoult nous dit avoir hospitalisé certains patients en hôpital de jour, ce qui interroge sur les coûts d’hospitalisation non justifiés associés aux prescriptions. »

Tout ceci figure dans l’article de Libération. Mais il ne s’est encore rien passé, car les amis nationalistes de Raoult sont très haut placés. Le druide de la chloroquine s'est naturellement défendu dans un tweet en arguant qu'il s'agissait là de fausses informations.

Si cet essai clinique avec de l’hydroxychloroquine n’est pas interventionnel, comment le qualifier ? Toutes les données ont été fabriquées et obtenues illégalement, toutes les lois ont été enfreintes alors que de l’argent était engrangé en grande quantité. Voici un résumé des prouesses illégales commises  par Raoult :

- réalisation d'un essai clinique sans approbation éthique, et ce malgré un refus du comité d’éthique

- prescription illégale de l’hydroxychloroquine à des patients covid19 non hospitalisés

- falsification des données hospitalières

- détournement de l’argent de la sécurité sociale et des patients

- falsification des recherches cliniques

Bien entendu, l’hydroxychloroquine n’est pas le seul traitement vanté par l’IHU. Le bulldog enragé de Raoult, Chabrière, a passé du temps à faire la promotion de l’ivermectine (et de tout autre forme de charlatanisme possible, y compris l’homéopathie) pendant des mois, peut-être histoire de rigoler un peu ? Hélas non, ils étaient vraiment sérieux.


Ci-dessous, une prescription illégale et probablement criminelle d’un médecin qui a été membre d’un groupe twitter secret (appelé « CIA ») géré par Chabrière et le communiquant de Raoult, Yanis Roussel (qui gère également le compte twitter de Raoult). Le prescripteur, m’a-t-on dit, est un associé de Christian Perronne, le nouvel ami pro-hydroxychloroquine de Raoult.

L’information a été révélée sur Twitter par un ancien membre du groupe CIA, @Acles__, qui a également reçu une prescription illégale. Chabrière l'a immédiatement menacé, et sur Twitter également. Soyons clairs, si Chabrière et Roussel ne sont pas médecins, ils sont toutefois totalement dévoués à Raoult, qui lui-même contrôle absolument tout. Il est probable que Raoult était au courant des prescriptions illégales d’ivermectine et ne s’en était pas inquiété. 

Raoult ne craint ni les comités d’éthique ni la loi, mais il a peur des vaccins. Une source fiable m’a indiqué qu’en janvier 2021, le gourou avait annoncé devant les équipes de l’IHU qu’il ne se ferait pas vacciner contre le coronavirus. Dans son livre traitant des vaccins d’avant la pandémie, Raoult a décrété que les vaccins DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) étaient inutiles et que ceux contre la variole ne servaient à rien.

La même source a entendu que Raoult avait récemment prétendu que la chloroquine pouvait même guérir certaines formes de lymphomes. Raoult serait-il devenu fou ?


Il y a évidemment cette histoire de fraude scientifique. Un an après le premier scoop et malgré les menaces constantes de la part de Chabrière voire de Raoult en personne, Elisabeth Bik a revérifié les publications de Didou. Elle y a trouvé davantage de fraudes.

Histoire de se mettre en appétit ; Raoult et ses subordonnées (Éric Chabrière, Philippe Parola, l’évangéliste de l’hydroxychloroquine à la télévision française, Philippe Gautret, le premier auteur des études sur l’hydroxychloroquine, Jean-Marc Rolain, l’éditeur en chef du journal de l’ISAC qui les a publiées, Bernard Davoust, le professeur vétérinaire général dans l’armée) avaient réalisé diverses études sur des sans-abris de la régions marseillaise. Des swabs microbiologiques fûrent prélevés de tous les orifices corporels possibles. Mais y avait-il une approbation éthique ? Bik a remarqué :

« Étonnamment, le numéro d’approbation éthique IRB recensé dans le papier (2010-A01406-33) a été utilisé pour au moins 17 études, dont celle-ci. Bien que toutes aient impliqué des sans-abris recrutés à Marseille, les études variaient en termes de protocoles, de traitements et d’échantillonnage. Elles vont de la récolte de poux, au traitement de sujets avec des sous-vêtements imprégnés d’un traitement, en passant par la réponse à des questionnaires, des examens médicaux, de récolte d’échantillons nasaux ou pharyngés, de peau, des prises de sang, des prélèvements rectaux, salivaires, et des radiographies thoraciques aux rayons X. Les études ont été réalisées de 2011 à 2020, pendant au moins 10 ans. […]

Il y a aussi une confusion à propos de l’institution ou du comité d’éthique ayant approuvé l’étude. Certains papiers indiquent que l’étude a été approuvée par « notre comité institutionnel », suggérant qu’il y avait un nombre faisant référence à l’approbation IRB par l’université d’Aix-Marseille ou par l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, tous deux listés comme affiliations des auteurs.

Mais dans d’autres papiers, le numéro d’approbation IRB apparaît comme étant un identifiant d’autorisation de l’ANSM, « le consentement éclairé des sujets a été obtenu et l’étude a été approuvée par le Comité de Protection des Personnes Sud Méditerranée le 12 Janvier 2011 (ID RCB : 2010-A01406-33). »

Comme on m’en a informé, une raison simple mais sinistre peut expliquer cette confusion. Jusqu’en 2010, Raoult avait l’habitude d’obtenir un accord éthique du Comité de Protection des Personnes Sud Méditerrannée local, qui lui léchait littéralement l’orifice rectal. Mais en 2010, une nouvelle loi française a stipulé que l’approbation éthique pour un essai clinique devait être obtenue de façon externe, d’un comité désigné au hasard en France. Qu’a fait Raoult ? À partir de 2010, il a tout simplement utilisé la même vieille approbation éthique 2010-A01406-33 pour tous ses nouveaux essais cliniques. Cet escroc n’a donc jamais reçu la moindre approbation éthique pour toutes ces études sur les sans-abris pendant une décennie !

Est-ce illégal ? Oui. Peut-on finir en prison pour de tels faits ? Oui. Cela s’applique-t-il à Didier Raoult ? Non, bien sûr que non, car après tout, ainsi va la France !

Au bout d'un moment, Raoult a carrément arrêté de s'embêter à faire semblant de rechercher une approbation éthique. Il est devenu sa propre autorité éthique.

Ce papier a été publié dans un autre journal d’Elsevier contrôlé par Raoult, dont le dernier auteur, Gautret, est un éditeur associé :

Thi Loi Dao, Van Thuan Hoang, Tran Duc Anh Ly, Amal Magmoun, Naomie Canard, Tassadit Drali, Florence Fenollar, Laetitia Ninove, Didier Raoult, Philippe Parola, Johan Courjon, Philippe Gautret Infectious disease symptoms and microbial carriage among French medical students travelling abroad: A prospective study Travel Medicine and Infectious Disease (2020) doi: 10.1016/j.tmaid.2019.101548

 

Voici la description de l’étude :

« Une étude prospective unicentrique a été menée entre juin et août 2018 sur une cohorte d’étudiants de la faculté de médecine de l’Université d’Aix Marseille, qui prévoyaient de réaliser leur internat à l’étranger pendant l'été. Le recrutement a été réalisé sur la base du volontariat, durant la vaccination et la consultation avant le voyage à l’IHU Méditerranée Infection, qui se trouve sur le campus médical de l’université de Marseille. Les participants ont été priés de signer un formulaire de consentement éclairé. »

Les étudiants devaient fournir des swabs microbiologiques de tous leurs orifices, vagin et rectum inclus. La déclaration éthique était la suivante :

« Le protocole a été approuvé par notre comité institutionnel (2019-006). Il a été réalisé en accord avec les bonnes pratiques médicales recommandées par la déclaration d’Helsinki et ses amendements. Tous les participants ont donné leur consentement éclairé ».

Traduction : il n’y a jamais eu d’approbation éthique de quelque sorte que ce soit, l’essai était tout simplement illégal. Et même si Raoult désigne ces étudiants ayant participé à l’étude comme des « volontaires », cela ressemble fortement à de l’abus de pouvoir voire même à de la coercition. Pas étonnant que les étudiants de Marseille détestent le professeur Raoult.




Peut-être qu’il y a une raison pour que La Conférence Nationale des Comités de Protection des Personnes ait publié en février 2021 une prise de position dénonçant l’illégalité d’essais cliniques avec de l’hydroxychloroquine sur des enfants sans approbation éthique. 



Après tout, les photomontages de Raoult semblent avoir beaucoup moins d’importance… Et pourtant, Elisabeth Bik a persévéré.

Dans un de leurs anciens articles, Raoult et ses collègues de l’IHU ont repris une image de Wikipedia et l’ont réarrangée jusqu'à lui faire présenter tout autre chose, à deux reprises. Ceci a été publié dans Frontiers, en toute logique…

 

Kalliopi Georgiades, Didier Raoult Defining pathogenic bacterial species in the genomic era Frontiers in Microbiology (2011) doi: 10.3389/fmicb.2010.00151

Bik : « Des boîtes de la même couleur attirent l’attention des tests API qui apparaissent similaires dans la même ligne ou dans des lignes différentes. On note que tous les puits du bas semblent dériver de ceux du haut. Dans un cas, celui du test TDA du bas, un floutage a été réalisé »

Un des followers de Bik (@Sgrol) a remarqué que l’image originale provenait de Wikipédia, chargée en 2007. La voici, en test API sur E. coli utilisé par Raoult en tant que Figure 5A(i)


Même en supposant que l’utilisateur de Wikipédia Philippinjl était l’un des auteurs des deux papiers ou même un technicien de l’IHU, ce qui pourrait justifier le recyclage de la ligne du haut sans citer la source, la seconde ligne de la figure (5A(ii)) est la même que 5A(i), mais ré-arrangée, falsifiée par ordinateur et présentée comme un test de bactéries de dysenterie. C’est tout simplement de la fraude scientifique, et possiblement du plagiat.

Regardons maintenant ce chapitre auquel a contribué Raoult l’an dernier.

Pierre-Edouard Fournier, Didier Raoult Tick-Borne Spotted Fever Rickettsioses Hunter’s Tropical Medicine and Emerging Infectious Diseases (2020) doi: 10.1016/b978-0-323-55512-8.00069-7 


Bik : « encadré rouge : les bandes de haut poids moléculaire dans les colonnes RHEL des blots A et C apparaissent très similaires. Au niveau du marqueur de poids moléculaire, il semble qu’il s’agit bien de blots différents, on ne peut donc pas expliquer cette ressemblance par une réutilisation de la membrane après décrochage du marquage précédent ».

C’est encore une fois une fraude. Ce qui s'apparente à des images de membranes réutilisées est en fait un montage Photoshop. Dans un nouveau cahier de notes pour les étudiants en maladies infectieuses,

Une autre trouvaille de Bik :

E. Botelho-Nevers, F. Gouriet, H. Lepidi, A. Couvret, B. Amphoux, P. Dessi, D. Raoult Chronic nasal infection caused by Klebsiella rhinoscleromatis or Klebsiella ozaenae: two forgotten infectious diseases International journal of infectious diseases (2007) doi: 10.1016/j.ijid.2006.10.005


Bik : « Encadré en rouge : les panneau b (adsorption croisée avec K. ozaenae) et c (adsorption croisée avec K. pneumoniae) se ressemblent beaucoup, mais sont présentés avec un étirement différent »

Raoult n’a jamais vraiment prêté attention à ce qu’il publie, les déchets fabriqués devaient juste être suffisamment esthétique pour avoir l’air publiables dans un journal scientifique. Grâce à son système de réseaux éditoriaux et de ses boucles de pairs revoyant ses papiers, que l'on pourrait désigner comme l’équivalent académique d’une masturbation mutuelle, tout ce que le druide de la fraude a soumis à certains journaux « revus par les pairs » a été publié non seulement sans vérification, mais, semble-t-il, sans même avoir été lu. C'est par exemple le cas pour le plus ancien papier de Raoult analysé par Bik pour l’instant :

Didier Raoult, J. C. Laurent, M. Mutillod Monoclonal antibodies to Coxiella burnetii for antigenic detection in cell cultures and in paraffin-embedded tissues American Journal of Clinical Pathology (1994) doi: 10.1093/ajcp/101.3.318


Bik : « Les figures 1 et 2 sont très similaires. Selon les légendes, la Figure 2 aurait dû montrer autre chose. Les auteurs pourraient-ils le vérifier ? Ils pourraient en profiter pour vérifier l’orthographe de la ville affiliée : « Marrseille » ».

Un autre vieux papier montre comment la falsification des données a eu lieu à l’IHU avant l'avènement de Photoshop. Dans ce papier, les figures ont été falsifiées par la bonne vieille méthode de découpe au ciseau/colle.

W Xu , D Raoult Production of monoclonal antibodies against Rickettsia massiliae and their use in antigenic and epidemiological studies Journal of Clinical Microbiology (1997) doi: 10.1128/jcm.35.7.1715-1721.1997


Bik : « La figure 4 montre des panneaux qui représentent chacun un blot différent, incubé avec des anticorps monoclonaux différents ».

On remarque le découpage des bords, apparemment, les images de gel ont été imprimées, assemblées avec des ciseaux et de la colle et reprises en photo comme de « nouveaux » résultats avec pour légende finale de la figure des marquages avec des anticorps différents. Peut-être qu’à cette époque, Raoult réalisait lui-même ce travail créatif ?

Même Bik ne pourra pas tout retrouver. Dans sa longue carrière de fraude scientifique, Raoult a publié 3000 papiers grâce à son système de journaux privés. Certaines de ses études pourraient même être plutôt bonnes, car l’IHU est un grand centre de recherche où de bonnes personnes pourraient avoir travaillé avant d’être harcelées, moquées, abusées sexuellement ou racialement et finalement chassées alors que le directeur de l’IHU Raoult mettait son nom sur tout ce qui sortait de son institut. Les fraudeurs scientifiques aussi sont de très bons voleurs, ce qui rend leur travail reproductible. Mais il semble que le gros des études de Raoult est soit bon pour la poubelle, soit de la fraude, soit du recyclage d’anciens résultats probablement tout aussi frauduleux. Comme illustré ici, la réutilisation d’une figure strictement identique à celle d’un ancien papier Angelakis et al Plos One 2012 :

Carole Eldin, Emmanouil Angelakis, Aurélie Renvoisé, Didier Raoult Coxiella burnetii DNA, but not viable bacteria, in dairy products in France American Journal of Tropical Medicine and Hygiene (2013) doi: 10.4269/ajtmh.12-0212


Les images ci-dessus ont été repérées par un utilisateur de twitter et postées sur pubpeer par François-Xavier Coudert. Les figures identiques font référence à des bactéries infectieuses très différentes, Coxiella en 2013 et Rickettsia en 2012 (l’une d’entre elles, Rickettsia raoultii, a pris le nom de vous-savez-qui…). Le papier de 2012 est co-signé par 5 auteurs, seuls Raoult et Emmanouil Angelakis sont les auteurs communs entre ces deux publications. Ceci constitue à la fois de la fraude scientifique et du plagiat.

Voici d’autres magouilles de Raoult trouvées par Bik que j’avais déjà présentées dans une mise à jour d’un ancien article.

 

Patricia Renesto, Pierre Dehoux, Edith Gouin, Lhousseine Touqui, Pascale Cossart, Didier Raoult Identification and Characterization of a Phospholipase D–Superfamily Gene in Rickettsiae The Journal of Infectious Diseases (2003) doi: 10.1086/379080



Voyez-vous ces bandes de gel recyclées et les fragments de pistes de gel copié/collées pour masquer des signaux d’anticorps indésirables ? C’est encore de la fraude scientifique, par les mêmes premier et dernier auteurs :

P Renesto, J Gouvernet, M Drancourt, V Roux, D Raoult Use of rpoB gene analysis for detection and identification of Bartonella species Journal of Clinical Microbiology (2001) doi: 10.1128/jcm.39.2.430-437.2001

« Dans les encadrés de couleur identique, on retrouve des régions (certaines contenant un signal) qui se ressemblent beaucoup »

Et finalement celui-ci :

Jérôme Dellacasagrande, Eric Ghigo, Sarah Machergui-El, Hammami, Rudolf Toman, Didier Raoult, Christian Capo, Jean-Louis Mege alpha(v)beta(3) integrin and bacterial lipopolysaccharide are involved in Coxiella burnetii-stimulated production of tumor necrosis factor by human monocytes Infection and Immunity (2000) doi: 10.1128/iai.68.10.5673-5678.2000


« Similaire à quoi ? »

Le premier auteur, Jérôme Dellacasagrande, a expliqué sur Pubpeer que toutes ces inquiétudes n’avaient pas lieu d’être. Même lorsque l'on distingue clairement des coins découpés où des impressions de gels ont été collées ensemble.


Et maintenant un cas très intéressant de manipulation de données :


Yuefei Yu, Malgorzata Kowalczewska, Philippe Decloquement, Claude Nappez, Bernard La Scola Production of monoclonal antibodies to Tropheryma whipplei and identification of recognized epitopes by two-dimensional electrophoresis and mass spectrometry Journal of Clinical Microbiology (2006) doi: 10.1128/jcm.01714-06


Bik : "la légende indique que deux anticorps monoclonaux ont reconnu le même point, mais les deux blots entiers se ressemblent beaucoup"


Bik : "Etonnamment, un des auteurs a été retiré entre l'acceptation du papier et sa publication finale"

Comment se fait-il que le nom de Raoult ait disparu entre l'acceptation du papier et sa publication ? Je pense que j'ai une explication.


Dans cette même année en 2006, l'éditeur du journal, l'American Society of Microbiology (ASM) a pris Raoult et 4 de ses co-auteurs de l'IHU en flagrant délit de falsification de données et les a interdits de publication pour un an dans tous ses journaux (voir ici et ici pour plus de détails), ce qui signifie qu'un papier déjà accepté contenant le nom de Raoult serait rejeté, ce qui fut évité en le retirant de la liste des auteurs. C'est idiot pour l'ASM que ce papier contienne également des données manipulées...



Chabrière a réagi en déclarant que Bik extorquait de l’argent à l’IHU. Il ment bien sûr, puisque soulever une mobilisation néo-nazie violente pour attaquer ses détracteurs fait partie de son jeu habituel et de celui de Raoult.


Quand en aurons-nous assez ?

 

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