jeudi 24 juin 2021

Les profiteurs de la pandémie

Durant la crise sanitaire, beaucoup ont profité de la situation pour tirer divers avantages. J'ai minutieusement combattu toutes les fraudes scientifiques, les trucages, les abus, qu'ils soient motivés par l'ego, l'argent, la politique... Voici un résumé de tout mon travail.

(MISE A JOUR DE CET ARTICLE DATANT DU 29 JANVIER 2021)

J'ai décidé de rédiger un résumé parce que souvent, il y a bien trop de choses à dire et à placer et beaucoup trop de contenus pour répondre aux divers éléments sans cesse propagés par des escrocs et répétés par la population.

1) La pandémie est bien réelle, mais il ne faut pas paniquer et avoir peur. Une crise, ça se gère, avec calme et sang-froid, en prenant des décisions intelligentes, pas en courant dans tous les sens. Pour ce faire, il faut avoir une idée éclairée de la situation.

Voici donc les connaissances générales que nous avons :

Généralités sur le virus - Voies d'entrée - Système vasculaire - Système immunitaire - Surinfections bactériennes - Aspects épidémiologiques (oui, les masques, c'est utile) - Origines (non, ce n'est pas une arme biologique)

J'ai essayé de résumer ces aspects dès le 22 mars 2020 :


2) Quand on n'a pas de traitement sur une maladie nouvelle, il suffit d'isoler les malades qui ont des symptômes. Mais lorsque les asymptomatiques et pré-symptomatiques transmettent, il faut en plus tester. Pour éviter d'avoir trop de morts lorsque le système de santé est dépassé, il faut prendre des mesures plus drastiques... Malheureusement sur les écoles les autorités de santé ont détourné la vérité. 

3) Il aurait été intelligent d'essayer les pistes de traitement, mais malheureusement, un escroc est allé dire qu'il avait la solution à tous les problèmes en truquant ses résultats et a anéanti nos chances de faire quelque chose d'intelligent, présenté par Lê ici :


J'avais fait une revue des traitements dès le 23 Mars, en expliquant la fraude scientifique de Didier Raoult avant que nous n'abandonnions tous les autres candidats potentiels :

Je pensais que ce serait vite réglé, mais malgré tout le travail ensuite réalisé par les-crises, dont j'ai été la source, mais aussi mon passage dans vécu en Avril :



Ou encore dans la deuxième partie à 53m30s dans le mag marseillais plus tard :


J'ai interagi avec divers experts de la fraude scientifique, ou tout simplement des personnes qui sont intervenues publiquement comme l'excellent Hervé Seitz, qui a très sympathiquement cité mon nom dans une modeste correction que je me suis permis de lui suggérer dans cette vidéo :

Il y a eu David Gorski, Leonid Schneider et surtout Elisabeth Bik. Il y a eu Florian Gouthière (qui a rédigé d'excellents articles dans Checknews sur la PCR et la nicotine, auxquels j'ai contribués).

Karine LacombeChristian Lehmann, Damien Barraud, Eric Billy, Florian Cova, Jérôme Marty, Patrick Cohen, Hervé Maisonneuve les jeunes pleins de jus Nathan Peiffer-Smadja, Mathieu Rebeaud, Anthony Guihur, Mathieu Mulot, Yahya Mahamat-saleh et Thibault Fiolet bien sûr. Mais j'en oublie beaucoup qui ont dénoncé les problèmes, tous ces anonymes (nombreux) sur pubpeer dès les premières heures.

Je suis même l'un des auteurs d'une lettre ouverte, signée par plus de 2000 chercheurs et de nombreuses sociétés savantes dont le COMETS (comité d'éthique du CNRS), relayée dans Nature News et Science, et mise en avant dans le Guardian aux côtés de la pétition citoyenne de Citizen 4 Science. Parmi les auteurs de la lettre, l'excellent Lonni Besançon, qui a tenu tête aux affirmations incohérentes de Ioannidis, mais aussi Thibault Sana, Anthony Guihur, Marc Robinson-Revachi, Nicolas Le Berre, Gideon Meyerowitz-Katz et Brian Nosek qui n'avaient pas encore été cités.


Et malgré de nombreux éléments expliquant d'une part la fraude de Didier Raoult, celle des autres études, ou encore ses casseroles, son rapport aux autres scientifiques, sa manière de publier pour ensuite gagner plein d'argent et un réseau qui le soutient - décortiqué dans le livre "Une folie française"... on en parle encore aujourd'hui chez certains : il ne regrette rien, et ses sbires continuent à intimider tout le monde. 

D'autres traitements ont été vantés :

- Un antibiotique, l'azithromycine, or trop en utiliser en absence de bactérie a fait augmenter les résistances aux antibiotiques et a mis la santé publique en péril.

- Le zinc, avec les âneries de Zelenko...

- De la vitamine D qui est soutenue par des vendeurs de compléments alimentaires souvent racistes, sans aucun intérêt réel...

- De l'ivermectine, sur la base de fraudes diverses et d'investisseurs

- Une molécule secrète carrément, qui a rapporté pas mal d'argent à Pasteur Lille

- De la colchicine, très toxique

Bref, plein de bêtises individuelles plutôt qu'un effort collectif. On pourrait croire que je "roule pour les vaccins", d'autant plus que je les trouve très efficaces et sans danger, mais la réalité est tout simplement que j'aurais aimé qu'on teste certains autres candidats, et que les médecins qui souhaitaient absolument prescrire quelque chose privilégient plutôt des choses sans danger !

4) Malheureusement, dans cette pandémie, des désinformateurs ont tiré profit de la situation soit par vanité, soit par intérêt financier. Ils ont causé beaucoup de tort car la désinformation cause des surmortalités.

Louis Fouché et son reinfocovid sont des menteurs manipulateurs notamment (excellent article où je suis cité par William Audureau) :

Ou encore Eric Chabrière :

Etienne Chouard :

Silvano Trotta et le business du cabinet d'avocats Leguevaques :

Ou le cabinet Bursa :

Benjamin Davido :

Philippe Froguel :

Et surtout ce lien entre Laissons-les Prescrire et le fameux AAPS américain trumpiste :



On pourrait croire que je ne m'en prends qu'à ceux qui "luttent pour nos libertés" causent des surmortalités en désinformant, en oubliant le gouvernement. Mais justement. Je trouve que le problème est systémique. Depuis des années on a laissé des incompétents en poste, par copinage, par intérêt, par réseau, on n'a pas recruté par compétence, et l'échec de la recherche est flagrant puisque même la ministre de la recherche est impliquée dans des fraudes scientifiques.



Voici des interventions plus récentes de ma part :






Quelques débats aussi :








PS : Ecoutez Di Vizio !

mardi 22 juin 2021

Raoult. Une folie française : critique de livre

 Raoult. Une folie française : critique de livre par Alexander Samuel

Traduction française d'un travail publié sur le blog de Leonid Schneider

Une critique d'un livre récent sur le gourou de la chloroquine Didier Raoult et les nombreux politiciens français qui l'ont laissé agir au-dessus des lois.

Un nouveau livre est sorti, intitulé "Raoult, une folie française". Il s'agit de Didier Raoult, professeur de microbiologie, gourou de la chloroquine, directeur de l'IHU de Marseille et tyran misogyne. Mais si vous vous attendiez à un scandale, à un mandarin charlatan honteux et exposé pour ce qu'il est vraiment - je dois vous décevoir, nous sommes en France après tout, et Raoult est toujours un héros national, admiré et protégé par tout le spectre politique. Toute sa carrière a été construite sur des privilèges hérités, sur la folie des grandeurs, le narcissisme, la malhonnêteté, l'intimidation, le fétichisme de la comparaison de taille (la sienne, celle de son QI ou de ses publications), des pratiques de recherche douteuses de toutes sortes, la structure paroissiale et népotique du monde universitaire français, et des réseaux de copinage politique de la gauche à l'extrême droite. Raoult, une caricature abyssale et inepte d'un scientifique masculin vaniteux, semble être le symptôme d'une psychose nationale et nationaliste, et ne disparaîtra que lorsque la France en sortira. Je ne dis pas cela parce que l'IHU a publiquement annoncé hier qu'il allait me dénoncer à la police, dans une déclaration manifestement écrite par Raoult lui-même 😉 .

Le livre est en français, une traduction est assez improbable. Voici donc une critique d'Alexander Samuel, un activiste politique qui se décrit comme "Enseignant, docteur en biologie moléculaire, lanceur d’alerte sur l'abus de gaz lacrymogène CS." Assisté par un membre de la famille de Raoult !

"Raoult. Une folie française"

Une critique de livre par Alexander Samuel, avec Magali R-C

Deux célèbres journalistes français ont écrit la biographie de Didier Raoult, "Raoult. Une folie française" : Ariane Chemin et Marie-France Etchegoin.

Ariane Chemin est célèbre pour son travail sur Alexandre Benalla, le "garde du corps en chef" d'Emmanuel Macron qui a été impliqué dans de nombreuses affaires, que le président français a tenté de couvrir en diffusant "un montage vidéo trompeur". Il est intéressant de noter que Benalla est un ami proche du député d'extrême droite Joachim Son-Forget, dont Benalla a failli devenir l'assistant parlementaire. Souvenez-vous de Joachim et de sa régression linéaire à 3 points promouvant la vitamine D ?

Marie-France Etchegoin est également journaliste, travaillant principalement sur les affaires criminelles, elle a fait le portrait de la famille Bettencourt. Elle a également exploré les théories du complot autour des francs-maçons. Mais ce qui la rend pertinente pour ce livre, c'est son travail sur la ville de Marseille, "une ville tourmentée par le pouvoir et le crime".

Certains commentaires ont été fournis par Magali, une très bonne amie à moi, je l'apprécie vraiment. Il se trouve qu'elle est aussi la fille de Didier Raoult, on ne choisit pas sa famille...

Tout au long du livre, la vie personnelle et scientifique de Raoult est décrite en fonction de ses opinions, et pour être honnête, les auteurs du livre n'ont généralement pas simplement repris ses propos sans les vérifier. Elles ont fait un bon travail de vérification de ce qu'il dit, montrant comment Didier fait paraître les choses meilleures qu'elles ne le sont réellement. Bien sûr, elles auraient pu recouper ce qu'il dit avec d'autres sources, aller plus loin et trouver d'autres récits, notamment des points de vue moins machistes, comme le récit des femmes de cette famille. Nous avons apporté quelques éléments pour lire l'histoire différemment.

Les journalistes, comme la plupart des gens, n'ont pas compris les failles des études de Didier Raoult. Pour elles, le débat scientifique semble ouvert. Leur angle principal était politique et, bien qu'elles se soient laissées prendre par la croisade de Raoult contre une prétendue conspiration de Gilead (le fabricant du remdesivir), elles ont complètement omis les propres conflits d’intérêt de Raoult. D'autres scientifiques ont expliqué pourquoi les articles de Raoult ne valent rien, simplement parce qu'ils sont publiés dans des revues contrôlées par des membres de l'IHU qui s'autocitent constamment, tout cela pour faire monter le facteur d'impact dans le système français de points SIGAPS, selon lequel les fonds publics de recherche sont distribués.

Voir aussi : Fraude de Didier Raoult : "Je ne regrette rien"

Les auteurs n'ont en tout cas pas manqué les liens politiques de Raoult, et sa façon rusée et calculatrice d'être ami avec tous les bords politiques, conservateurs et libéraux, extrême droite et socialistes. Raoult a utilisé ses réseaux politiques pour maintenir ses privilèges... Et ils n'ont pas manqué de voir comment le gouvernement français et les autorités sanitaires françaises n'ont pas réagi contre les activités illégales de Raoult - le soutien venait de tous les côtés et du plus haut niveau, y compris du président Emmanuel Macron lui-même.

Le jeune rebelle

Ce livre commence avec Didier Raoult enfant, au Sénégal où il est né, et nous ne pouvons pas vraiment vérifier tout ce qu'il dit mais au moins nous pouvons douter que tout est vrai.  Selon ses dires, il avait une antilope comme animal de compagnie et passait son temps à courir avec ce charmant compagnon... Didier admire son père André Raoult, médecin militaire ayant le grade de lieutenant-colonel. On découvre les premiers travaux d'André dans sa "mission anthropologique des populations indigènes, de la nutrition et de l'alimentation" où l'on teste la corrélation entre "intelligence" et "sang blanc" et où l'on classe les gens selon les 139 "ethnies" étudiées.

"Examen par le médecin général inspecteur Debenedetti. Le docteur André Raoult est reconnaissable à son salut militaire. [vers 1960]" Source : Ceux du Pharo, n°58/GeFrance

Sa mère, Francine Le Gendre, n'est pas considérée avec la même admiration. Mariée en 1942, elle a eu 6 enfants avec André en 10 ans. Magali commente que malgré le fait que Raoult se soit parfois présenté comme fils unique (ici, ici et ici), il était le dernier de 6 enfants légitimes.

Peu après, André a laissé sa femme seule à Marseille, tout en inventant la complémentation alimentaire "superamine" en Algérie. Le livre dépeint la superamine comme un merveilleux succès. Didier rappelle aussi le combat d'André contre Nestlé : l'eau n'est pas toujours propre en Afrique, et l'utilisation du lait en poudre peut être dangereuse. Ce qu'il a oublié de mentionner, et qui n'apparaît pas dans ce livre, c'est la recette de la superamine : il faut ajouter de l'eau à la préparation... et cela s'est avéré être un gros échec industriel, économique et de santé publique. Le commentaire de Magali : Encore une légende familiale qui craint ...

Voir aussi : Le génie de la chloroquine Didier Raoult sauve le monde du COVID-19

Bien que la mère de Didier ait travaillé comme infirmière jusqu'à l'âge de 85 ans, tout en gérant seule sa famille sans aucune pension alimentaire après le départ de son mari (sans divorce, elle n'y avait pas droit), il a décidé de divulguer une partie de sa correspondance personnelle avec le célèbre écrivain français Henry de Montherlant. Cet auteur, pourtant qualifié d'"ennemi des femmes", est un jour tombé amoureux d'une femme. Et oui, Francine était cette femme. Didier divulguerait-il sa correspondance personnelle si l'amant de sa mère était le boucher du coin, et non un écrivain célèbre ?

Magali commente à ce propos : dans ce livre, la légende familiale de Raoult veut que Montherlant ait lui-même rompu les fiançailles en prétendant faussement qu'il avait la syphilis. Croyez-vous vraiment que ma grand-mère, bonne infirmière et travailleuse, n'aurait pas remarqué les signes cutanés et les preuves qu'il a vraiment attrapé la syphilis lors de son voyage en Egypte ? Vraiment ? Quand on écoute ses lettres, Francine était persuadée qu'il avait vraiment la syphilis, elle n'était pas dupe et l'a mis à la porte.

L'auto-mythologie de Didier commence par un petit embellissement... Il manque deux années dans sa vie. Selon ses dires, à 17 ans (ou 18 ans peut-être ?), il va "voguer sur les mers", prenant des airs de pirate aventurier. La "navigation" se fait en réalité sur un élégant paquebot de croisière, Didier travaillant comme matelot de pont pendant quelques mois. Commentaire de Magali : Il a en fait demandé à sa mère de l'argent par virement pour rentrer en France.

Il affirme également qu'un pédopsychiatre a dit un jour à son père que le QI de Didier serait de "180".

Malgré ce qui est dit dans le livre, cette affirmation n'est étayée par aucun test réel, et si Didier affirme que le QI baisse avec le temps, son propre QI semble augmenter régulièrement. Il a souvent raconté cette même histoire à sa famille, mais cela a commencé avec un QI inférieur (130) à l'époque, selon certains membres de la famille. Didier gagnait-il 10 points de QI chaque fois qu'il racontait cette histoire à quelqu'un ? Il prétend aussi avoir été anarchiste en mai 68. Il était mauvais élève, a changé plusieurs fois d'école et avait de mauvaises notes... André a même dû écrire des lettres pour protéger son fils du renvoi du lycée...

Mais Didier oubliera vite la révolution pour devenir un DJ aux cheveux longs et de grande taille (1,90m auto-déclaré) portant des chaînes en 1969. Le commentaire de Magali : Pas sûr de sa taille, il semble qu'elle ait gonflé avec le temps comme l'histoire du QI...

Pour référence, Macron mesure 175cm. Raoult fait ~1.8m, mais atteindre 1.90cm comme il le prétend n’a pas l’air possible.

Le rebelle commence des études de médecine car c'est le seul diplôme universitaire que son père André accepte de payer. Sa spécialité sera les maladies infectieuses, domaine négligé, car il a obtenu un très mauvais classement lors de son internat. Didier affirme que cette passion lui vient du père de sa mère, Paul-Louis Le Gendre, qui a travaillé dans ce domaine et publié de nombreux articles. Le commentaire de Magali : Le Gendre, c'est le type qui a dit à sa fille Francine que la médecine n'était pas pour les femmes, non ?

Amis en politique et compagnons d'armes

L'aspirant médecin se retrouve à l'hôpital Houphouët-Boigny de Marseille, où il va étudier la fièvre boutonneuse méditerranéenne. Bien sûr, Didier va révolutionner cette maladie infectieuse relativement bénigne, en détectant un premier cas mortel parmi 40 cas, puis en trouvant 6 autres cas mortels. Il est traité de "fou" par les experts, mais parvient à publier ces cas dans une revue de la "société de pathologie exotique".

En tant qu'étudiant, et au début de sa carrière, Didier se fera des amis politiques. A gauche, Michèle Rubirola, qui deviendra maire de Marseille en 2020 pour le parti Gauche/Verts, et demandera même un "conseil scientifique" marseillais avec Didier Raoult, afin de s'opposer au conseil scientifique officiel de Macron - cela malgré le fait que Rubirola qualifie également Raoult de "macho". Et bien sûr Yolande Obadia, l'actuelle présidente de l'IHU - en tant qu'étudiante, elle a défendu le droit à l'avortement quand il était encore interdit en France. À droite de l'échiquier politique, Raoult s'est lié d'amitié avec Maurice Toga (député de droite, président de l'université de Marseille en 1989) et le jeune Renaud Muselier (considéré comme le fils spirituel de Toga), qui est ensuite devenu président du conseil régional de Marseille, Provence Alpes Côte d'Azur. Muselier a également fait une promotion très active de l'hydroxychloroquine et a attaqué les autorités médicales comme l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament.

Raoult et Muselier. Source : Twitter/Muselier

Didier, 28 ans, va trouver l'amour en la personne de Natacha Caïn, alors âgée de 22 ans. A cette époque, il est déjà marié, avec femme et enfant, et était de directeur de stage pour Natacha. Celle-ci deviendra psychiatre. Tous deux partiront aux Etats-Unis où Didier obtiendra un poste au N.I.H. et Natacha testera la MDMA sur des singes au Walters Reed Army Medical Center. Mais un an plus tard, en 1987, tous deux reviennent à Marseille. Toga aidera Raoult à obtenir un poste de professeur deux ans plus tard.  C'est en tout cas ce que disait le livre. Commentaire de Magali : Les dates sont fausses, c'était en 1992 ou 1993, et il a été refusé la première fois. Didier était proche du maire de Marseille de l'époque, Robert Vigouroux, qui était aussi neurochirurgien. Didier a ensuite souvent prétendu que la restauration des plages de la ville pendant le mandat de Vigouroux était en fait sa propre idée.

Didier va créer autour de lui tout un "commando", parlant de la recherche comme un général en guerre. Il va séquencer de nombreux agents pathogènes, donnant des noms patriotiques à tout ce qu'il trouve, comme les quartiers de Marseille : Massiliasis, Quartiersnordsis, Timonensis, Conceptionnensis... Son armée, c'était :

Michel Drancourt, son plus grand fan que Didier a rencontré déjà à Houphouët en 1984, qui donne à ses trouvailles le nom de son patron (Raoultella...),

Philippe Brouqui, qui a co-écrit l'un des premiers livres de Raoult,

Philippe Parola, qui est également réserviste de l'armée pour la fameuse "Légion étrangère" et a servi comme médecin militaire en Bosnie, au Kosovo, en Côte d'Ivoire et au Tchad.

Bernard Davoust, général du Service de santé des armées françaises, sera le compagnon de Didier en Guyane, au Sénégal, au Congo, au Rwanda...

Eric Chabrière, biochimiste et capitaine de réserve des armées, le rejoindra plus tard.

Voir aussi : La saleté brune du derrière de la France

Raoult commence à publier de nombreux articles de recherche, fasciné par la logique du "publish or perish" et obsédé par le Science Citation Index. Une fois élu président de l'université d'Aix-Marseille, il s'abonnera à l'Institut d'information scientifique, une base de données bibliographiques qui comprend le Science Citation Index. En 1997, Raoult utilise cet outil pour flatter son ami et célèbre immunologiste, Claude Griscelli (étroitement associé au président de droite Jacques Chirac), et Claude Allègre, géochimiste et ministre de l'éducation et de la recherche de gauche : tous deux ont obtenu un classement assez élevé avec un tel outil. Griscelli obtiendra plus tard pour Raoult les distinctions d'Officier de la Légion d'honneur et de Commandeur de l'Ordre du mérite en 2011 et 2015.

Raoult se lance également dans la rédaction de lettres d'opinion dans le journal de droite "Le Figaro", plaisant à "l'association des amis de Jacques Chirac". Ses opinions économiquement libérales lui vaudront d'être sollicité pour rédiger le programme de droite du Rassemblement pour la République sur la réforme universitaire. Il travaillera avec Valérie Pécresse, qui deviendra dix ans plus tard ministre de la recherche et de l'éducation.

Voir aussi : le docteur-sorcier Raoult : aboyeur fou et dangereux

L'ego surgonflé

Raoult est un haltérophile, Magali dit qu'il avait des haltères partout. Dans le livre, Raoult affirme qu'il peut encore soulever 140 kilos au développé couché. Vrai ou pas, ce qui est certain c’est qu’il est narcissique. Le commentaire de Magali : Il était fasciné par tous les bustes de l'Académie nationale de médecine à Paris et voulait aussi en avoir un...

Raoult possède réellement un buste en marbre à son effigie, ce n'est pas une simple rumeur. Le buste est exposé dans sa salle à manger parmi d'autres personnages importants : Néron, Pompée, Sénèque, Dionysos et une fresque de style Pompéi...

Il y a aussi des colonnades blanches, un fauteuil léopard, et même une statue d'aigle impérial dans le jardin... Mais aussi beaucoup de décorations kitsch et d'objets dépareillés comme un vieux four à pizza à côté...

Bien sûr, Didier Raoult a toujours été un héros qui a sauvé des vies. Dans le livre, il raconte comment, pendant le génocide au Rwanda, il a sauté dans un avion et a sauvé des milliers de vies en détectant le typhus et en administrant de la doxycycline. Plus tard, il sauvera également de la fièvre Q Briançon, une commune de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en délivrant de l'hydroxychloroquine. Après avoir découvert le Mimivirus géant en 2011, Raoult obtiendra son institut, l’IHU, du président français Nicolas Sarkozy.

Avant cela, il y a eu une affaire de fraude à la recherche avec la Société américaine de microbiologie en 2006, qui a interdit à Raoult de soumettre des articles dans leurs revues pendant un an. "Une erreur", dit Raoult. Et seuls ceux qui ne font rien ne font jamais d'erreurs.

En parlant d'erreurs : Didier Raoult nie toujours le problème de la résistance aux antibiotiques. Il en a parlé dans de nombreuses lettres aux éditeurs en citant "Matrix" ou "Shadoks" (un dessin animé français), tout en promouvant l'utilisation massive d'antibiotiques...

A peu près à la même époque, Didier a commencé à critiquer "big pharma", tout en faisant la promotion de l'ivermectine, un traitement contre la maladie de la gale. Raoult voulait utiliser l'ivermectine contre les poux, en insistant sur le fait que Merck et d'autres grandes entreprises pharmaceutiques ne sont pas intéressées par la recherche d'une autorisation de mise sur le marché puisque l'ivermectine est un médicament générique. Le livre, tout comme les articles de recherche pertinents de Raoult, oublie de mentionner qu'en 2014, il a cofondé la startup IHU Arthrobac Pharma pour traiter les poux avec de l'ivermectine (comme commenté sur PubPeer). Chabrière défend maintenant l'ivermectine contre le Covid-19.

Voir aussi : L’ivermectine maintenant contre le Covid-19


La chute

Le 27 mars 2018, la ministre de la santé Agnès Buzyn était absente lors de l'investiture de Raoult comme directeur scientifique de l'IHU. Frédérique Vidal, ministre de la recherche, n'était pas là non plus. Seuls les élus locaux et amis proches Martine Vassal (présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence), Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier étaient présents pour célébrer Raoult. Pourquoi ?

De 2011 à 2018, il s'est passé beaucoup de choses :

2013 : Des conflits avec les hôpitaux marseillais AP-HM et des organismes nationaux comme l'INSERM et le CNRS bloquent la construction de l'IHU, et Raoult doit forcer les choses, menaçant même d'une "grève des points SIGAPS", disant que ses points SIGAPS permettent à l'AP-HM de gagner entre 7 et 8 millions d'euros par an. En effet, la recherche en biologie / médicale française est évaluée par un outil appelé "SIGAPS", qui donne des points à chaque institut en fonction du nombre de publications, et du facteur d'impact de la revue dans laquelle elle est publiée. Les professeurs de l'IHU sont souvent éditeurs dans des revues qui publient principalement des travaux de l'IHU, comme dans la revue New Microbes New Infections dans laquelle le nom de Raoult figure sur 32% de toutes les publications. Pour augmenter le facteur d'impact de ces revues, il faut bien sûr beaucoup d'autocitation. Ce système de papeterie génère beaucoup de points "SIGAPS", qui permettent à la structure hospitalière "AP-HM" d'obtenir beaucoup d'argent public. Cet argent est ensuite redistribué aux différentes structures de recherche de l'AP-HM, sans que l'on sache exactement combien l'IHU reçoit...

La ministre française de la recherche de l'époque, Geneviève Fioraso, a résolu le conflit en prenant parti pour Raoult.

Douste-Blazy et Raoult. Source : Twitter

2016 : Fioraso et l'ami de Raoult Philippe Douste-Blazy (ministre de la Santé pendant le scandale du Mediator) rejoignent le conseil d'administration de l'IHU, l'institut commence ses activités. En 2017, Raoult soutient la candidature de Douste-Blazy à la direction de l'OMS (Douste-Blazy était déjà président du conseil exécutif d'UNITAID et sous-secrétaire général de l'ONU), et ce malgré le fait que Raoult soit un critique sévère de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la qualifiant d'institution "pyromane" qui émet des alertes pour de fausses menaces afin de plaire aux industries du vaccin et de la pharmacie... Plus tard, Douste-Blazy deviendra un adepte de l'hydroxychloroquine soutenant Raoult lors de la pandémie de COVID-19...

Le partenaire de l'IHU, l'Institut pour la Recherche et le Développement (IRD) est dirigé par le mari de Yolande Obadia, Jean-Claude Moatti, qui a également dirigé une équipe de recherche, SESTIM, à l'IHU auparavant - avec le CNRS, l'INSERM, et le Service de santé des armées françaises. Moatti a ensuite approuvé la méthode hydroxychloroquine-azithromycine de Raoult pour le COVID-19 dans The Lancet où il n'a pas déclaré son conflit d’intérêts... La collaboration IRD-IHU est actuellement au centre d'une affaire de corruption, le propre bureau de Raoult a été perquisitionné.

2018 : Yves Lévy, directeur de l'INSERM, fait passer le statut de l'IHU de fondation à "groupement d'intérêt public", ce qui signifie moins de possibilités de financement privé et plus de surveillance. En outre, l'IHU avait perdu les labels du CNRS et de l'INSERM, qui sont attribués après évaluation des performances et du comportement du candidat. Ces deux labels n'étaient pas suffisants. Deux autres organes de surveillance, l'IGAS et le CHSCT, avaient remarqué des inconduites comme le harcèlement sexuel par un protégé de Raoult ou l'abus de pouvoir par Raoult lui-même. L'évaluation de la recherche par le HCERES était également très négative, soulignant que certaines publications n'étaient qu'une collection de bactéries sans aucun bénéfice scientifique.

Fête étudiante en 2017. Il pleut de la merde.

Sanofi finançait l'IHU à hauteur de 50 000 € mais a mis fin à cette collaboration en 2015. Hitachi maintient toujours un partenariat avec l'IHU. L'IHU compte 8 start-ups, qui financent l'institut à hauteur de 5% de leur capital, ce qui représente 500 000 € de revenus chaque année. Chabrière gère la partie start-up. Raoult est un membre fondateur de cinq de ces start-ups, même s'il déclare toujours n'avoir aucun conflit d'intérêts, dans tous ses articles. Gene & Green TK est la start-up de décontamination neurotoxique de Chabrière, Biosqual utilise la squalamine comme agent antiseptique, Pocramé (abréviation de "point of care Raoult méditerranée") produit et vend des appareils de diagnostic (utilisés pendant la pandémie, au moins là Raoult a admis qu'il pouvait y avoir un conflit d'intérêt)...

Le pouvoir de Raoult s'effrite, sa réputation est en lambeaux, voire inexistante, mais la pandémie de Covid-19 arrive.

"Le préfet et les présidents des collectivités locales lors de l'inauguration de l'IHU. Photo : B.G." 2018. De gauche à droite : Muselier, Pierre Dartout, Vassal, Jean-Claude Gaudin, Didou le druide, un mec de l'armée. Source : Marsactu

La pandémie commence

Le 21 janvier 2020, Raoult décide d'utiliser la chaîne YouTube de son IHU pour "informer" sur le nouveau coronavirus en Chine. Il affirme qu'il n'y a pas de réel danger et dénonce l'OMS qui "commence à créer une panique" à cause de 3 décès en Chine, moins que ce que les trottinettes provoquent (selon lui)... C'est un changement majeur par rapport à son analyse de 2003 sur le bioterrorisme, où il mettait aussi en garde contre les maladies infectieuses émergentes à transmission par aérosol. Le lendemain, la ministre de la santé Agnès Buzyn insistera aussi sur le fait que le risque est très faible.

Une chose m'a laissé perplexe, mais apparemment pas les auteurs du livre. Pourquoi Raoult a-t-il acheté autant de matériel en janvier 2020, tout en affirmant que l'OMS réagissait de manière excessive ? Comme on peut le lire dans le New York Times :

"Selon les normes de la biologie moléculaire, l'amplification par PCR en temps réel, la technologie la plus couramment utilisée pour tester le SARS-CoV-2, n'est pas d'une complexité extravagante. Mais elle dépend d'écouvillons, de thermocycleurs, de réactifs chimiques, de sondes et d'amorces nucléotidiques, et si l'un de ces composants est en quantité insuffisante, les tests ne peuvent être effectués. À partir de janvier, lorsque le génome du SARS-CoV-2 a été publié pour la première fois, l'IHU a acheté ou emprunté autant de matériel que possible, dépensant un demi-million d'euros rien que pour de nouvelles machines. Quelles que soient les réserves de Raoult à l'égard du virus, il n'avait pas l'intention de laisser passer l'occasion de l'étudier, et peut-être de gagner la course pour trouver un traitement."

Raoult jouait apparemment une fois de plus sur tous les tableaux.

Voir aussi : un sale vieillard harcèle Elisabeth Bik

Le 11 février 2020, l'OMS a nommé cette maladie « Covid-19 », et un mois plus tard, elle a déclaré une pandémie. Raoult prétendait encore que toutes les maladies infectieuses sont saisonnières, et que la pandémie s'estompera naturellement après le printemps. Il rappelle toutes les "fausses alertes" de l'OMS, du moins selon lui : Encéphalopathie spongiforme bovine (seulement 177 décès au Royaume-Uni et 27 en France), Chikungunya (0 décès en France), Ebola (tous les 5 ans ils essaient de nous faire peur avec ça), grippe aviaire H5N1 (qui était principalement aviaire, et le livre de Raoult expliquant qu'il n'y avait pas de risque réel ne s'est vendu qu'à 2000 exemplaires alors que d'autres auteurs français plus "alarmistes" en ont vendu plus de 150 000...). Selon Raoult, la chose la plus intelligente qui avait été dite était le président Trump : "En avril, il aura miraculeusement disparu". 

Mais il ne s'est certainement pas désintéressé du Covid-19. Le 31 janvier 2020, les expatriés français vivant dans la province du Hubei ont été renvoyés chez eux en France et mis en quarantaine dans la ville de Carry-le-Rouet, près de Marseille. Raoult n'a pas été invité. Mais il enverra ses hommes avec des écouvillons nasaux pour tester les passagers. Le Directeur Général de la Santé Jérôme Salomon, qui est le premier adjoint du ministre de la santé, a arrêté Raoult avec sa "bureaucratie", comme l'écrit le livre. En réalité, il s'agissait d’un comité d'éthique, car l'application de prélèvements nasaux qui ne font pas partie des soins standard était à l'époque considérée comme de la recherche et nécessitait une approbation éthique. Certains insistent sur le fait que les approbations éthiques ne sont pas seulement de la "bureaucratie", surtout si l'on considère les autres problèmes éthiques commentés sur PubPeer concernant les recherches de Raoult.

Il est intéressant de noter que Jérôme Salomon est un ancien élève de Christian Perronne, l'ancien adversaire de Raoult, devenu son meilleur ami. Salomon a même publié des articles avec Perronne sur la maladie de Lyme chronique et les traitements antibiotiques à long terme. Un très bon livre sur cette question a été écrit par le professeur Eric Caumes.

Voir aussi : Christian Perronne et autres lymerics chroniques

Salomon a une autre passion étrange : la méditation pleine conscience. Il ouvre même des séminaires sur ce thème, une industrie engrangeant des millions de dollars de bénéfices. En 2018, un diplôme universitaire de méditation pleine conscience a été ouvert à Montpellier, et a délivré son premier diplôme au clinicien Denis Agret, qui s'est avéré être l'un des désinformateurs antivax français les plus actifs pendant la pandémie. Pendant ce temps, le ministre français de l'éducation Jean-Michel Blanquer souhaite que la méditation pleine conscience soit enseignée dans les écoles du pays.

Une deuxième humiliation pour Raoult sera son exclusion du porte-avions Charles de Gaulle : comme pour les expatriés de Hubei, lorsque le virus se propagera à l'ensemble de l'équipage du navire, Raoult tentera de les tester mais il ne sera pas sélectionné pour cette tâche.


Fin de partie !

Le 25 février 2020, Raoult annonce son fameux remède Covid-19 : la chloroquine, "fin de partie !". Il cite deux sources : les résultats in vitro de Zhong et al 2020 et Gao et al 2020, une "étude" sur 100 patients à Wuhan, sans données réelles et avec un titre étrange : " Percée majeure : Le phosphate de chloroquine a montré une efficacité apparente dans le traitement de la pneumonie associée au COVID-19 dans des études cliniques".

L'étudiant de Raoult, Yanis Roussel, filme et pose des questions. Yanis a un master en politique européenne, son doctorat porte maintenant sur "l'histoire de la médecine", et son bureau est juste à côté de celui de Raoult. Il est également candidat aux élections locales, pour le parti LREM du président Macron, sur la liste d'Yvon Berland. Berland était un politicien de droite, étroitement lié à l'ancien président Jacques Chirac, et a précédemment aidé Raoult à devenir le président d'Aix Marseille Université (1994-1999).

Berland (2e en partant de la gauche) lors de la cérémonie d'ouverture de l'IHU en 2018. Source : Département13

Le livre ne mentionne pas que Berland soutenait également déjà le projet IHU de Didier Raoult en 2011, avec André Syrota, président de l'INSERM à l'époque. Syrota était membre de la "Commission Marescaux" sous le président Sarkozy. Cela a déclenché une forte opposition du collectif de gauche "Sauvons l'Université", qui s'interrogeait sur les conséquences de la réforme de Sarkozy, notamment parce qu'elle correspondait à ce que les grandes entreprises pharmaceutiques comme Sanofi voulaient, et leur donnait trop de pouvoir sur la liberté académique et de recherche.

Pourtant, à l'intérieur de l'IHU, même un des plus ardents fidèles de Raoult, La Scola, doutait de l'efficacité de la chloroquine, notamment parce qu'in vitro, ce n'est pas la même chose qu’in vivo. Drancourt soutient pourtant la position de Didier, expliquant que Raoult a déjà consommé lui-même beaucoup de chloroquine en Afrique, et qu'il l'a utilisée avec succès contre la fièvre Q et la maladie de Whipple. Parola, qui a été médecin des soldats de la division Légion étrangère de l'armée française, rappelle que la chloroquine est en vente libre et qu'elle est même utilisée pour se suicider, "une boîte et c'est fini".

Raoult n'écoute pas. Bien qu'il ait été traité de "fake news" par le journal Le Monde, il déclare

"quand je fais une vidéo, il y a trois fois plus de personnes qui la voient qu'il n'y a de lecteurs du Monde".

Quand Martin Hirsch, directeur des hôpitaux de Paris, dit que tous les experts qu'il a interrogés ont confirmé que "ça marche en éprouvette, mais ça n'a jamais été confirmé sur un être vivant", Raoult dit aux gens de vérifier la page Wikipédia de Zhong et de la comparer à celle de Hirsch.

Le 5 mars 2020, Raoult se rend à Paris et rejoint le conseil scientifique du président Macron le 12 mars. Il le quittera peu après. Macron était très impatient de rencontrer Raoult, surtout parce qu'il a été conseillé de l'inviter d'abord par Renaud Muselier, Jean-François Delfraissy (qui est membre du conseil scientifique de l'IHU et président du conseil scientifique de Macron) et même par Thierry Coulhon, le "Monsieur Recherche" de Macron pendant la campagne électorale, qui était lui-même dans l'équipe de Valérie Pécresse quand elle était ministre de la recherche sous le président Sarkozy. Coulhon est l'homme qui a négocié des récompenses et des postes pour les représentants des syndicats étudiants s'ils s'opposaient aux mouvements sociaux pendant la présidence de Macron, comme l'ont révélé les MacronLeaks. Récemment, Macron a fait une campagne, avec une vidéo d'environ 14M de vues avec les jeunes YouTubers McFly et Carlito, dans laquelle il les a même invités à écouter du grindcore dans son jardin. Le syndicat étudiant était récompensé financièrement pour avoir préparé l'élection présidentielle de 2022.

Malgré tout, Raoult est gêné que le conseil scientifique de Macron soit dirigé par Delfraissy, qui est un bon ami du mari de la ministre française de la santé Agnès Buzyn, Yves Lévy, directeur de l'INSERM qui a retiré la tutelle de son IHU deux ans plus tôt. Raoult désapprouve également la présence du chercheur en maladies infectieuses Yazdan Yazdanpanah.

Le nouveau ministre de la santé Veran (à gauche) rencontre Raoult. Source : La Provence

Alors que la pandémie frappait la France, Buzyn a lancé "REACTing", une étude de l'INSERM coordonnée par Yazdanpanah, visant à tester quels médicaments pourraient être efficaces contre le Covid-19. 8 des 10 membres du conseil scientifique de Macron sont également impliqués dans ce projet. Juste après avoir lancé REACTing, Buzyn a décidé de partir et de remplacer un candidat aux élections municipales à Paris, Benjamin Griveaux, qui a été écarté à cause d'une sextape. Olivier Véran est désormais ministre de la santé. Véran était auparavant adjoint dans l'équipe de Geneviève Fioraso (ancienne ministre de la santé qui a aidé Raoult à construire l'IHU et a ensuite rejoint son conseil d'administration). Selon les auteurs de ce livre, Véran a directement commencé à flatter Raoult en privé, tout en continuant publiquement à avertir que l'efficacité de la chloroquine n'a encore été démontrée par aucune étude rigoureuse.

La candidature de Yazdanpanah à l’agence nationale de recherche sur le sida avait été rejetée en 2016 en raison de trop nombreux conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique. En plus de sa présence , d'autres personnes importantes étaient également là, à la réunion du conseil du 5 mars 2020 : David Loew, directeur de Sanofi (qui commercialise le Plaquénil alias Hydroxychloroquine), et Michel Joly, directeur de la branche française de Gilead (qui produit le Remdesivir). Selon Raoult, "Gilead a financé la moitié des infectiologues français", dont bien sûr Yazdanpanah, qui a même fait partie du conseil consultatif de Gilead de 2014 à 2016. Le Haut Conseil de Santé Publique français vient de recommander Remdesivir pour les stades tardifs de Covid-19 à cette époque, mais selon Raoult, les antiviraux sont inutiles car aux stades tardifs, il n'y a plus de virus présent.

Une autre personne présente à la réunion du conseil était Arnaud Fontanet, un épidémiologiste qui a cité le chef de la faculté de médecine de Hong Kong, Gabriel Leung, et l'épidémiologiste de l'Imperial College London, Neil Ferguson. Didier Raoult les jugeait tous deux trop alarmistes et contestait leurs projections mathématiques, lui qui rejetait pourtant les maths depuis le lycée.

"Quelques notions de probabilité me suffisaient. J'ai aussi évité les mathématiques en première et en terminale, sans dommage intellectuel", écrivait un jour Raoult dans Le Point.

Devant le président Macron, Raoult répond à Fontanet : "Je ne fais pas d'astrologie".


Au-dessus de la loi

De retour à Marseille, Raoult a déjà commencé son étude sur 26 patients, tandis que le président Macron allait au théâtre, invitant les Français à ne pas avoir peur et à s'amuser malgré le virus, et organisant les élections municipales du 15 mars 2020. Le lendemain, les Français attendaient le discours de Macron prévu dans la soirée, mais Didier Raoult était plus rapide : il a annoncé les résultats de Gautret et al IJAA 2020 dans une vidéo sur YouTube qui est devenue virale. Fait intéressant, ce jour-là, il passe de la " chloroquine " à l'" hydroxychloroquine "... Le Plaquénil est immédiatement épuisé dans les pharmacies françaises, et la folie commence en France, même chez les politiques.

Les élus de droite « Les Républicains » de Marseille font partie des premiers clusters sars-cov-2 : Guy Tessier et Valérie Boyer sont même appelés les "pangolins de Marseille". Parmi les collaborateurs de Martine Vassal (candidate des Républicains), le virus va se propager rapidement. Même le parrain politique de Raoult, Berland, candidat de "La République en Marche" de Macron, sera testé positif. Tous feront la promotion de l'hydroxychloroquine. Des candidats Les Républicains comme Yves Moraine ou Christian Estrosi font des vidéos prenant de l'hydroxychloroquine leur permettant de survivre au Covid-19. Muselier, l'ami de longue date de Raoult, envoie 4 membres de sa famille, 8 membres de son personnel et 25 du bureau régional, tous testés positifs, à l'IHU. Et bien sûr, tout le monde survit, même la grand-mère de Muselier, âgée de 92 ans, si bien que tous les Républicains commencent à faire de la publicité pour l'IHU. A Paris, un médecin spécialiste des maladies infectieuses, Alexandre Bleibtreu, qualifie d'abord les travaux de Raoult de "conneries", mais commence à soutenir l'hydroxychloroquine deux semaines plus tard. Et beaucoup d'autres médecins semblent suivre cette voie moins publiquement, en prescrivant de l'hydroxychloroquine.

REACTing est bientôt obligé d'inclure l'hydroxychloroquine dans l'essai clinique Discovery de l'OMS. Mais Raoult n'est toujours pas satisfait, car le protocole la donne à des stades tardifs, et il souhaite que l'hydroxychloroquine soit donnée précocement. Le 21 mars 2020, le ministre de la Santé Véran autorise l'hydroxychloroquine en usage compassionnel pour les cas graves hospitalisés. Elle sera appliquée par un décret légal le 26 mars. Raoult est toujours mécontent car le décret interdit toujours "son protocole" de traitement précoce.

Une fois informé, le président Macron demande au ministre Véran de s'assurer que Raoult ne sera pas poursuivi s'il enfreint la loi.

Comme cette partie est très importante, voici une retranscription exacte du livre :

"Le même jour, le 21 mars, voici Olivier Véran qui finit lui aussi par lâcher la bombe : il autorise l'utilisation de la molécule controversée pour le traitement du Covid-19 " par décision collégiale des médecins et sous strict contrôle " et en cas de " formes sévères et hospitalières ". La décision du ministre doit prendre effet le 26 mars après la promulgation d'un décret. Mais Raoult voit déjà rouge. Comme pour Discovery, il n'a remporté qu'une partie de la victoire. " Formes graves " signifie qu'il ne pourra pas administrer " son " protocole à l'IHU, dès les premiers signes de maladie. Il décroche son téléphone et appelle l'Elysée. "Il faut s'occuper de Raoult", dit le président à Olivier Véran. Le ministre rassure le professeur : l'administration française ne vérifiera pas trop à qui sera administré le fameux traitement."



Il s'agit en fait d'une question juridiquement complexe, qui dépend de la manière dont le décret est lu et compris. Le décret dit :

« Par dérogation à l'article L. 5121-8 du code de la santé publique, l'hydroxychloroquine et l'association lopinavir/ ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d'un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile. Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut conseil de la santé publique et, en particulier, de l'indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d'une défaillance d'organe. »

Les recommandations du Haut Conseil de la santé publique sont :

a) COVID-19 présumé pauci symptomatique et pneumonie sans signe de gravité chez des

patients sans facteurs de risque de forme grave

• Prise en charge ambulatoire, avec recours à des solutions de suivi par des applications numériques quand disponibles.

Absence d’indication à un traitement à effet antiviral attendu.

• Suivi clinique par le spécialiste en médecine générale. Port du masque anti projection pendant 14 jours et appel du centre 15 en cas d’apparition de symptômes de gravité.

b) Pneumonie diagnostiquée sur des signes cliniques d’infection respiratoire basse, suspectée ou documentée à SARS-CoV-2 sans signes de gravité, non oxygéno requérante chez des patients avec facteurs de risque de forme grave

• Prise en charge ambulatoire.

Absence d’indication à un traitement à effet antiviral attendu.

• Surveillance rapprochée par le spécialiste en médecine générale. Port du masque anti-projection pendant 14 jours et contact systématique à la 1ère et 2ème semaine.

• Suivi radiologique si possible.

 c) Pneumonie oxygéno requérante [bas débit d’oxygène] :

 • Hospitalisation (cf. critères de gravité plus haut 3.3)

NB : une SaO2 < 95 %, avec ou en l’absence d’autre critère de gravité, nécessite une hospitalisation.

• Discussion d’un traitement spécifique en présence d’au moins un signe parmi les suivants :

- Oxygénodépendance > 3L/mn

- Fréquence respiratoire supérieure à 24 cycles/min

- SpO2 <90% en air ambiant

- PaO2 <70 mmHg sur gaz du sang artériel ou sérique en air ambiant (à l’exception des insuffisances respiratoires chroniques pour lesquelles nécessité d’adapter à la gazométrie de base)

- Troubles de la vigilance

- PA systolique < 100mmHg

- Lactate artériel > 2 mmol/L

- Anomalies bilatérales à la radiographie thoracique ou au scanner thoracique

→ l’association lopinavir/ritonavir, identifiée comme médicament candidat potentiel à évaluer en essai clinique par l’OMS, peut être discutée, au cas par cas, de manière collégiale, au besoin avec l’appui de l’établissement de santé de référence local et d’un expert extérieur ;

→ à défaut, hydroxychloroquine selon le même niveau de collégialité.

• Recherche et prise en charge d’une co-infection virale, bactérienne ou fongique.

• Suivi clinique et radiologique.

• Suivi de l’excrétion virale si possible.

d) Pneumonie avec insuffisance respiratoire aigüe (≥ 6l O2 mn-1) ou avec défaillance d’organes

• Indication d’un traitement antiviral

- En l’absence de défaillance multiviscérale : traitement par remdesivir, seule option thérapeutique formalisée bien que sans niveau de preuve, si excrétion virale documentée dans les prélèvements naso-pharyngés ou respiratoires profonds (e.g. crachats induits, aspiration endotrachéale, lavage bronchoalvéolaire (LBA), en l’absence de contre-indications (amines vasopressives, inotropes, catécholamines, cytolyse hépatique supérieure à 5 fois la normale, clairance rénale < 30 ml m-1 ou hémodialyse).

- En présence d’une défaillance d’organe (hors défaillance respiratoire)

→ association lopinavir/ritonavir3 avec monitoring pharmacologique

→ ou hydroxychloroquine, mais en tenant compte du fait que les modalités

d’administration ne sont pas adaptées d’emblée

• Recherche et prise en charge d’une co-infection virale, bactérienne ou fongique.

e) Infection par le virus SARS-CoV-2 avec aggravation secondaire et absence d’excrétion virale (forme inflammatoire) :

• Prise en charge usuelle du SDRA en réanimation.

• Corticothérapie par méthylprednisolone ou dexaméthasone à discuter au cas par cas.

• Pas d’indication de traitement antiviral en l’absence d’excrétion virale (RT-PCR négative sur prélèvements nasopharyngés et respiratoires profonds (qu’il s’agisse de crachats induits, d’aspiration endotrachéale ou de LBA).

• Recherche et prise en charge d’une co-infection virale, bactérienne ou fongique.


Raoult n'attendra même pas le décret, il annonce le 22 mars que les patients peuvent être traités par hydroxychloroquine aux stades précoces directement une fois testés positifs à son IHU. Le 27 mars, il publie une seconde étude sur 80 patients (Gautret et al TMID 2020), sans plus aucun groupe témoin... Chabrière passe à la télévision pour promouvoir le traitement, qualifiant l'IHU de "Fort Vauban des maladies infectieuses".


Raoult met en place des tests de masse à l'IHU, alors qu'il fait la promotion de l'hydroxychloroquine, les files d'attente se multiplient devant l'institut. L'agence régionale de santé a tenté de riposter le 22 mars : juste après la campagne de Raoult sur la chloroquine, elle a diffusé un message "Restez chez vous" sur les réseaux sociaux et dans les médias. Pendant que les biologistes français des instituts de recherche ou même des laboratoires vétérinaires se débattaient avec les autorisations et la bureaucratie pour être autorisés à effectuer des tests Covid-19, et n'obtenaient jamais de réponse, les hommes de Raoult, Pierre-Edouard Fournier et Philippe Colson, recueillaient des dons de matériel PCR et commençaient les tests de masse. La Scola est alors enfin convaincu que la thérapie hydroxychloroquine/azithromycine fonctionne, tandis que Chabrière prépare les doses exactes. Toute l'équipe est présentée dans une vidéo YouTube du 31 mars.



Raoultomania


Un phénomène de "Raoultmania" est déclenché. Des investisseurs comme Bernard Arnault (l'un des hommes les plus riches du monde, propriétaire de LVMH) se mettent à acheter tout le matériel demandé par Raoult : gants, blouses de laboratoire... (LVMH a aussi aidé au développement du remède secret magique de Pasteur Lille). Didier Raoult va s'occuper de tous les V.I.P. qu'il peut trouver et qui ont été testés positifs au Covid-19 : Constance Benque (responsable de la communication média du groupe Lagardère), Claude Perdriel, 94 ans, créateur du magazine L'obs, le philosophe Bernard-Henri Lévy, Laeticia Halliday (épouse du célèbre chanteur français Johnny Halliday), Michel Polnareff (musicien), Mylène Demongeot (actrice), Fabrice Luchini (acteur qui veut incarner Raoult dans un biopic)...


A Marseille, un fan se fait tatouer un portrait de Raoult, des fans de football accrochent une bannière de soutien sur l'IHU, et une pétition est lancée pour dessiner un portrait de Raoult sur un grand mur célèbre sur la corniche du bord de mer où se trouvait autrefois le portrait de Zinedine Zidane. Des produits dérivés comme des bougies, des t-shirts, de la bière, etc. sont vendus. Des groupes Facebook sont créés avec plus de 370 000 membres en quelques jours, et Didier Raoult crée également son compte Twitter et obtient instantanément des milliers de followers.


Les hommes politiques du parti Les Républicains continuent de promouvoir Raoult, notamment l'ancien président Nicolas Sarkozy, son ancienne ministre de la recherche Valérie Pécresse, Renaud Muselier, Christian Estrosi et sa femme Laure Tenoudji (chroniqueuse sur "Télématin")... Mais aussi l'ancienne candidate de gauche à la présidentielle Ségolène Royal ou l'extrême droite Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan soutiennent Raoult. Des présidents étrangers comme le Sénégalais Macky Sall font également la promotion de l'hydroxychloroquine... et bientôt même Donald Trump aux Etats-Unis !


Un célèbre philosophe français, Michel Onfray, commence à promouvoir le travail de Raoult, écrivant avec passion sur lui. La position d'Onfray semble conspirationniste, Didier est le "héros" contre les "mercenaires" des laboratoires qui préfèrent "faire mourir les gens" pour "faire de l'argent"... Le candidat d'extrême gauche à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon soutiendra également Raoult sur une tribune publique. Le politicien d'extrême droite catholique Philippe de Villiers défend également Raoult contre "Big Pharma, Big Data et Big Finance".


Le 25 mars, Didier Raoult devient la deuxième personnalité préférée des Français et près de ⅔ de la population réclame de l'hydroxychloroquine, selon un sondage de l'institut officiel Odoxa.

Macron lors d'une audience. Source : Raoult lui-même (publié ici)


Le 9 avril 2020, le président Macron rend visite à Raoult dans son IHU à Marseille. L'hôte complimente Macron et parle de "deux cerveaux qui se frottent l'un à l'autre". Son principal regret est que Macron ne soit pas venu avec son hélicoptère, mais seulement avec une limousine. Mais le président Macron est venu avec un ami : Jean-François Delfraissy, qui se trouve être aussi le président du Comité consultatif national d'éthique. Raoult attaquera Delfraissy pour le fait qu'il n'a même pas répondu lorsque des laboratoires vétérinaires ont proposé de faire des tests PCR, et aussi pour l'approbation éthique que Raoult n'a pas obtenue pour les tests des expatriés du Hubei....


Quand Raoult montre son étude sur 1061 patients, Delfraissy lui demande pourquoi il n'a pas fait un essai clinique normalement randomisé, et pourquoi ...Raoult change de sujet et dit "85% des décès de covidés sont des personnes de 65 ans et plus". Delfraissy demande alors : "et dans votre étude, combien ont plus de 65 ans ?". A nouveau, Raoult ne répond pas et change à nouveau de sujet : "ce n'est pas un problème, nous avons également réalisé une étude montrant que les enfants plus jeunes ne sont pas infectés". Delfraissy rétorque : "vos échantillons étaient trop petits pour être statistiquement pertinents...".


Alors Raoult se met en colère : "Arrête Jean-François ! Tu m'emmerdes avec ta méthodologie. Je suis médecin, je soigne les gens. Voici mon papier : 600 enfants, 0 positif".


Macron avait de multiples raisons de rencontrer Raoult. Tout d'abord, il avait déjà été échaudé par le mouvement des "gilets jaunes", et comme Raoult devenait si populaire, il voulait le rencontrer en personne. Brigitte, la femme de Macron, l'a également encouragé. Sa très bonne amie Sabrina Roubache a eu le Covid-19 parce que son mari Jean-Philippe Agresti était dans l'équipe Les Républicains de Martine Vassal, qui a fait l'un des premiers clusters Covid-19 à Marseille. Pendant que Roubache était hospitalisée à l'IHU, Brigitte Macron l'appelait tous les jours.


Voir aussi : Zelenko et Raoult tombent dans les bras l’un de l’autre


Plus l'échantillon est petit, plus la significativité est élevée


Le livre ne détaille pas les critiques scientifiques des études de Raoult, et suit le mauvais paradigme que Raoult a imposé à tout le monde : l'hydroxychloroquine peut soit fonctionner, soit ne rien faire, et ses effets secondaires sont très rares. Les auteurs du livre se contentent de mentionner quelques discussions sur la "méthodologie" ou la "manipulation des données", et le risque de torsade de pointe et de défaillances cardiaques en ce qui concerne la chloroquine.


En avril 2020, l'essai clinique de l'OMS Discovery a été reporté et l'essai britannique Recovery vient de commencer, et pourtant le 27 mai 2020, le ministre Véran a arrêté toute administration d'hydroxychloroquine pour les patients de Covid-19. Pourquoi ?


La raison est l'étude frauduleuse de Sapan Desai, Mehra et al 2020, publiée puis rétractée dans The Lancet. Les auteurs affirmaient que le médicament tuait les patients, en se basant sur des ensembles de données entièrement fabriqués à partir de milliers d'hôpitaux du monde entier. Initialement un échec, l'affaire de fraude du Lancetgate est devenue la plus grande aubaine pour Raoult, son culte de la chloroquine et son million de partisans de la théorie du complot.


La réaction de Didier Raoult ? "le big data ne changera pas ce que nous avons vu de nos yeux". Mais toute l'histoire du Lancetgate et des fausses données éclate. En France, l'ancien ministre de la santé Douste-Blazy se met à critiquer l'étude, à faire des erreurs et à avancer des théories du complot comme sur la conférence de Chatham House à Londres, mais qui s'en soucie ? Didier Raoult est régulièrement invité sur les grandes chaînes de télévision comme LCI ou BFMTV. Si le Lancetgate était une fraude, cela doit signifier que Raoult a raison.


Le 5 juin 2020, les résultats de l'essai clinique Recovery sont annoncés puis publiés (Hornby et al 2020), mais il est trop tard, les croisés de l'hydroxychloroquine ne peuvent plus être convaincus de son inefficacité. Le 24 juin 2020, Didier Raoult est interrogé dans le cadre d'une enquête parlementaire. Le livre ne mentionne pas le fait qu'il a refusé de parler en présence d'autres scientifiques. Et il ne mentionne pas qu'il a dit "Je n'ai jamais recommandé l'hydroxychloroquine", alors qu'il a publié un article disant "nous recommandons donc que les patients COVID-19 soient traités par hydroxychloroquine et azithromycine pour guérir leur infection et limiter la transmission à d'autres personnes". Il semble que cela ne soit pas considéré comme un mensonge.


Après les flatteries d'Eric Ciotti (député Les Républicains), l'élu centriste Philippe Berta (Mouvement Démocratique, MODEM) a posé quelques questions sur l'étude Gautret et al. 2020 : "Je connais votre travail scientifique. Vous saviez que cet essai pseudo-clinique ne répond à aucune norme scientifique. Pourquoi n'avez-vous pas fait un essai clinique normal ?". Didier Raoult a simplement répondu "Je suis désolé que vous n'aimiez pas mon étude, je l'aime beaucoup".


Puis il a expliqué sa théorie du "plus l'échantillon est petit, plus la significativité est élevée"....


Raoult rentre chez lui à Marseille et annonce la fin de la pandémie, il n'y aura pas de seconde vague, du moins il l’assure. Il invite Christian Perronne sur son bateau. Ils ont un ennemi commun : la SPILF (Société de Pathologies Infectieuses de Langue Française) qui a décidé de contrer les recommandations officielles de Perronne sur la maladie de Lyme en France, et qui a poursuivi Didier Raoult en justice.


Tout est devenu calme autour de Raoult à la fin de l'été 2020, sauf lorsqu'un faux profil a fait croire à un journaliste que Raoult allait quitter la France pour la Chine. Mais la deuxième vague arrive. Elle a déjà été détectée dans les eaux usées de Marseille le 23 juillet. Les masques redeviennent obligatoires le 25 août, et un couvre-feu à 23 heures est décidé. La politiciennes républicaine et la maire de Marseille, Martine Vassal et Michèle Rubirola, organisent une réunion commune à l'IHU pour protester contre ces mesures.

Vassal & Rubirola à l'IHU, défendant Marseille contre l'agression du lockdown de Paris. Source : Marsactu


Raoult continue de nier la situation, comparant les 800 000 morts dans le monde à ce jour aux 5 millions de la grippe espagnole, et comparant le nombre inférieur de décès à Marseille aux chiffres élevés à Paris. Rubirola a décidé de se retirer de la fonction de maire de Marseille, laissant son poste à Benoît Payan. Ce dernier s'opposera à la décision nationale du 23 septembre de considérer la région de Marseille comme une zone d'alerte maximale. Renaud Muselier le rejoindra, qualifiant cette décision de "punition collective", ce qu'il n'accepte pas. Eric Chabrière affirme même avoir une taupe au ministère d'Olivier Véran, qui l'aurait informé que les chiffres officiels de l'épidémie étaient truqués.


Chabrière poste une photo d'un film, "Le professionnel", menaçant le ministre d'exécution : "Véran, je t'ai dit que je serai toujours derrière toi".


Surfer sur les vagues


Le 2 octobre 2020, Donald Trump annonce qu'il a le Covid-19. Mais il ne veut pas prendre d'hydroxychloroquine. Le philosophe Michel Onfray n'a pas non plus voulu d'hydroxychloroquine lorsqu'il a eu le Covid-19 quelques jours avant Noël. Il critique même sévèrement Raoult et rappelle toutes les erreurs qu'il a commises, comme celle de prétendre qu'il n'y aura pas de deuxième vague... La plupart des hommes politiques, des chefs d'entreprise et des VIP en général ont abandonné le bateau de l'hydroxychloroquine. Certains critiquent même le fait que le président Macron appelle encore Raoult au téléphone. Les gens n'accordent plus autant d'attention à Raoult qu'auparavant, et son étude sur la propagation de la maladie par le narguilé est même devenue une plaisanterie. Pourtant, Yanis Roussel a fait une présentation entière à l'IHU sur ce sujet.



Raoult courtise ses fans inconditionnels, comme le sociologue du CNRS Laurent Mucchielli, tandis qu'Eric Chabrière mène une guerre verbale agressive sur les réseaux sociaux, contre NoFakeMed, Olivier Véran, Damien Barraud, Pierre Tattevin (directeur de la SPILF), Yazdan Yazdanpanah, Nathan Peiffer-Smadja, Karine Lacombe, Patrick Cohen (un journaliste qui a critiqué Didier Raoult), Christian Lehmann (le clinicien qui a découvert comment le traitement de Raoult était facturé plus de 1200€ pour chaque patient grâce à un forfait pour une « hospitalisation de jour")... Chabrière fait également la promotion de théories du complot françaises comme Hold-up (un documentaire sur les covidiots) et de théoriciens du complot comme Louis Fouché, Fabrice Di Vizio, Xavier Azalbert (France Soir).





Entre-temps, Raoult publie un livre intitulé "Carnets de guerre", transcrivant ses vidéos hebdomadaires sur YouTube... La chloroquine n'est généralement plus utilisée comme médicament Covid-19 dans la majeure partie du monde, mais certains hommes politiques soutiennent encore Raoult. Martine Vassal remet à Raoult un "grand prix départemental" pour "toutes ses découvertes". Le 31 mars 2021, le président sénégalais Macky Sall lui remet la distinction de "Commandeur dans l'Ordre National du Lion". Dans ce pays, commentent les auteurs, on aime encore Raoult alors que la France lui tourne le dos. Pire, ses ennemis ont reçu les distinctions de la Légion d'honneur française.


Le livre s'achève sur l'une des expressions favorites de Didier Raoult dans l'Antiquité romaine :


"Il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne", symbolisant un passage rapide de la gloire à la décadence ou à la ruine....


En guise de conclusion, il y a une chose que je voudrais ajouter. Mag sait vraiment faire du vélo. Son père a menti.