mercredi 1 septembre 2021

Problèmes concernant les papiers IHUMI/AMU de Marseille par Elisabeth Bik

Ceci est une traduction française de deux articles d'Elisabeth Bik, parus sur son site web :

Partie 1 et Partie 2

Remarque préliminaire : Voici un chapitrage pour accéder directement à la partie souhaitée :

Partie 1 : Duplications d'images

Partie 2 : (Il)légalité des essais cliniques


Problèmes concernant les papiers IHUMI/AMU de Marseille - Partie 1

En mars dernier, j'ai fait part de mes préoccupations concernant un article de l'IHU-Méditerranée Infection (IHUMI) / Aix-Marseille Université (AMU) affirmant que l'hydroxychloroquine associée à l'azithromycine pouvait réduire la charge virale plus rapidement qu’en l'absence de traitement.

D'autres articles de ce groupe de chercheurs dirigé par le Professeur Didier Raoult et/ou son bras droit le Professeur Eric Chabrière, semblent également contenir des problèmes, allant d'images potentiellement dupliquées à des soucis éthiques.

Dans ce billet, j'ai rassemblé les articles du groupe Raoult et Chabrière qui présentent des problèmes d'image. Ce billet n'est pas une accusation de mauvaise conduite, mais une compilation de problèmes potentiels trouvés dans 22 différents articles de ce groupe. J'invite les auteurs à lever tout doute en fournissant les images originales.

Doutes concernant des images dupliquées

Un ensemble d'au moins 22 articles du groupe AMU/IHUMI semble présenter des images problématiques, notamment des similitudes inattendues entre les groupes de figures ou même à l'intérieur d’une même série de figures. Toutes ces images ont été publiées sur Pubpeer, j’en ai repéré dix-neuf d’entre elles. À ce jour, les auteurs n'ont pas répondu à la plupart de ces messages PubPeer et n'ont pas corrigé les erreurs.

Duplications de catégorie I

Certains articles, tels que DOI : 10.1093/ajcp/101.3.318 [PubPeer] ou 10.1016/j.ijid.2006.10.005 [PubPeer] semblent contenir de "simples" duplications dans les groupes de figures. Comme expliqué dans un post précédent, je classe ces duplications de Catégorie I, la même photo est utilisée pour représenter deux expériences différentes. Ces types de duplications simples peuvent souvent être des erreurs honnêtes, où quelque chose s'est mal passé pendant la soumission de l'article ou le traitement du manuscrit. Un joyeux "Oups, oui, vous avez raison, nous avons fait une erreur" aurait suffi, et ces duplications auraient pu être facilement traités par un rectificatif. Malheureusement, les auteurs n'ont pas répondu à la plupart des messages publiés sur PubPeer.

Source: DOI: 10.1093/ajcp/101.3.318 [PubPeer] : même photo sur les figures 1 et 2

Source: 10.1016/j.ijid.2006.10.005 [PubPeer]

Partie b et c se ressemblant fortement

Source: DOI 10.1371/journal.pntd.0001540 [PubPeer]

La Figure 2 semble identique à la Figure 1 dans https://doi.org/10.4269/ajtmh.12-0212 [PubPeer]

Comme l’a remarqué François-Xavier Coudert

Dans l'article DOI 10.1002/jcb.22135 [PubPeer], les deux figures de cytométrie en flux 32h semblent étonnamment similaires, alors que les pourcentages « gated » sont différents. L'un des auteurs a d'abord répondu sur Pubpeer et Twitter que les deux images n'avaient pas l'air identiques, mais a ensuite admis qu'elles avaient l'air "étrangement similaires".


Source: DOI 10.1002/jcb.22135 [PubPeer],

Deux figures ont l’air identiques mais ont des pourcentages « gated » différents.

La même photo semble avoir été utilisée dans deux articles, DOI : 10.1016/j.nmni.2017.12.006 [PubPeer] où elle représente la bactérie Bacillus salis, et DOI : 10.1002/mbo3.638 [PubPeer] où elle représente la bactérie Gracilibacillus timonensis.

Source: DOI 10.1016/j.nmni.2017.12.006 [PubPeer] et DOI: 10.1002/mbo3.638 [PubPeer].

Duplications de catégorie II

Deux articles de cette série contiennent des duplications de catégorie II, où les images se chevauchent ou peuvent avoir été retournées, inclinées, etc.

Le DOI 10.4269/ajtmh.15-0436 [PubPeer] a été corrigé après publication du commentaire sur PubPeer. Dans cet article, trois des quatre panneaux de la figure 1 montraient le même spécimen. Les zones de chevauchement, marquées ci-dessous par des cadres bleus et magentas, n'étaient pas toujours dans les mêmes dimensions. Il semble que les images aient pu être étirées différemment, ce qui serait inattendu si l’erreur était involontaire. Pourtant, le journal a accepté un nouvel ensemble de panneaux dans la correction de juillet 2020. Les auteurs ont écrit : "Ces panneaux résultent d'erreurs commises par un chercheur qui ont échappé aux autres auteurs. Plus précisément, une seule image a été insérée de manière inappropriée pour représenter trois expériences différentes."

Source : DOI 10.4269/ajtmh.15-0436 [PubPeer]

Trois panneaux semblent se chevaucher l'un l'autre. Cette remarque a été prise en compte dans une correction.

Le document DOI 10.1371/journal.pone.0010041 [PubPeer] contient une figure dans laquelle deux panneaux pourraient montrer la même feuille.

Source : DOI 10.1371/journal.pone.0010041 [PubPeer

La feuille A ressemble beaucoup à la feuille B

Dans l'article DOI 10.1128/JCM.01714-06 [PubPeer], publié par l'American Society for Microbiology (ASM), les figures 3A et 4A semblent montrer le même transfert, bien qu'elles soient recadrées différemment. Il convient de noter que le nom de l'auteur principal Didier Raoult a été supprimé entre l'acceptation de l'article [JCM Accepts version ; archivé] et la publication du PDF sur le site Web de la revue. En 2006, l'année où cet article a été publié, Raoult a été interdit de publication dans les revues de l'ASM pendant un an, ce qui pourrait avoir un rapport avec la suppression du nom de l'auteur (source : https://science.sciencemag.org/content/335/6072/1033).

Source : DOI 10.1128/JCM.01714-06 [PubPeer].

L’image A de la Figure 3 ressemble beaucoup à l’image A de la Figure 4

Dans DOI 10.1089/vbz.2012.1083 [PubPeer], deux bandes de Western blot sont étonnamment similaires, bien qu'avec des expositions et des recadrages différents. Trouvé par l'utilisateur de PubPeer Trichoderma Viridescens.

Source : DOI 10.1089/vbz.2012.1083 [PubPeer]

Deux bandes de Western blot représentant des sérums différents semblent plus similaires que prévu.

Dans DOI : 10.1016/j.cimid.2018.06.004 [PubPeer], deux blots incubés avec des sérums différents semblent remarquablement similaires, bien que présentés à des expositions différentes et avec des légendes différentes. Les auteurs n'ont pas répondu sur PubPeer, mais ont admis au journal que ces deux blots étaient effectivement dupliqués. L'article a été corrigé quelques mois plus tard.

Source : DOI : 10.1016/j.cimid.2018.06.004 [PubPeer] - maintenant corrigé.

Deux blots semblent remarquablement similaires

Duplications de catégorie III

Au moins 10 articles d'AMU/IHUM présentant des problèmes d'image contiennent des duplications de catégorie III, où les figures semblent avoir été modifiées ou contenir des éléments dupliqués. Ces types de duplications sont les plus susceptibles d'être le résultat d'une intention de tromper.

Des duplications de catégorie III ont été trouvées dans ces documents :

Source : DOI 10.1128/jcm.35.7.1715-1721.1997 [PubPeer].

Deux paires de bandes dans les Western blots se ressemblent plus que prévu

Source : DOI 10.1128/iai.68.10.5673-5678.2000 [PubPeer]

Certaines pistes de Western blot semblent plus similaires que prévu

Source : DOI 10.1128/IAI.69.4.2520-2526.2001 [PubPeer]

Les cellules dans ces figures de microscopie semblent être entourées de marques de transition horizontales et verticales nettes, comme si elles avaient été copié-collées.

Source : DOI 10.1128/JCM.39.2.430-437.2001 [PubPeer].

Les cases de la même couleur montrent des zones (certaines incluant des bandes) plus semblables les unes aux autres que prévu dans ces gels d'ADN.

Source : DOI 10.1086/379080 [PubPeer]

Certaines zones de ce Southern blot sont étonnamment similaires.

Source : DOI 10.1128/JCM.43.2.945-947.2005 [PubPeer]

Certaines parties de ces Western blots sont plus similaires que prévu, comme indiqué par des encadrés de même couleur.

Source : DOI 10.1128/AEM.03075-05 [PubPeer]

Certaines zones de cette photo prise au microscope électronique à transmission sont étonnamment similaires les unes aux autres.

Source : DOI 10.3389/fmicb.2010.00151 [PubPeer]

La photo du bas semble avoir été créée à partir d'éléments de la photo du haut, elle-même tirée de Wikipedia sans être citée. L'original par Philippinjl peut être trouvé ici : https://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Api20e.jpg


Source : DOI 10.1371/journal.ppat.1003827 (maintenant rétracté) [PubPeer].

Trois pistes dans ce gel d'ADN semblent très similaires les unes aux autres.


Source : DOI 10.1016/B978-0-323-55512-8.00069-7 [PubPeer]

Deux zones dans les Western blots A et C semblent très similaires l'une à l'autre, alors que la piste du marqueur semble différente

La deuxième partie examinera les articles du groupe IHUMI/AMU présentant des problèmes éthiques potentiels.


Problèmes concernant les papiers IHUMI/AMU de Marseille - Partie 2

Ceci est la deuxième partie décrivant les articles des instituts IHUMI/AMU à Marseille, en France, contenant de potentiels problèmes. Dans la première partie, j'ai dressé la liste des documents présentant des problèmes d'image. Dans cette suite, je vais me concentrer sur une série d'articles qui pourraient présenter des problèmes liés à des recherches sur des personnes humaines n'ayant pas reçu l'approbation éthique appropriée. Les articles couvrent une décennie de recherche sur les sans-abris à Marseille, et impliquent différentes études et spécimens - mais tous ont été réalisés sous un seul numéro d'approbation IRB.

Crédit photo :

Jon Tyson @jontyson sur Unsplash

La recherche sur l'homme nécessite une approbation éthique

Dans la plupart des pays, les recherches menées sur des sujets humains doivent être approuvées par un comité institutionnel (Institutional Review Board, IRB ; le nom de cet organisme peut varier selon les pays, mais j'utiliserai ici le terme américain). Il s'agit d'un comité qui examine les propositions de recherche impliquant des participants humains, afin de s'assurer que les sujets sont recrutés et traités équitablement, de les protéger contre les dommages physiques et psychologiques, et de s'assurer que la recherche respecte toutes les règles éthiques. Dans l'ensemble, il s'assure que la recherche respecte la déclaration d'Helsinki de l'Association médicale mondiale sur l'éthique de la recherche sur l'homme.

Les propositions de recherche soumises à l'approbation de l'IRB doivent généralement être spécifiques en termes de : combien de sujets seront recrutés ; comment, quand et où ils seront recrutés ; quel type de recherche sera mené ; et quels types d'échantillons ou de données seront collectés. En général, l'approbation de l'IRB pour une étude ne peut être utilisée pour d'autres recherches. Par exemple, un chercheur qui obtient l'approbation de l'IRB pour une étude recrutant 50 participants à qui l'on demande de donner un échantillon de selles ne peut pas utiliser le même protocole deux ans plus tard pour demander à d'autres personnes de donner un échantillon de sang. Pour obtenir l'approbation de l'IRB, chaque étude doit être décrite en détail. On ne peut pas simplement collecter des ensembles d'échantillons très différents sous l'approbation donnée pour une étude précédente.

Recherche sur des populations vulnérables

L'approbation de l'IRB pour une étude est particulièrement importante pour les recherches impliquant des populations vulnérables, telles que les prisonniers, les anciens combattants, les femmes enceintes, les personnes ayant des problèmes de santé mentale, les étudiants et les enfants. Dans de telles situations, les participants doivent bénéficier d'une protection supplémentaire contre tout préjudice potentiel et contre toute "coercition et influence indue". La coercition signifie qu'un participant peut avoir l'impression qu'il n'aura pas accès à quelque chose de fondamental, comme des services de santé, s'il ne participe pas à l'étude ; tandis que l'influence indue signifie que la participation peut se traduire, par exemple, par l'octroi de crédits supplémentaires à un étudiant qui prend part à la recherche. Les méthodes de recrutement doivent donc garantir que les sujets ne ressentent aucune pression inutile pour participer.

Bien entendu, les règles de l'IRB peuvent varier d'un pays à l'autre. Aux États-Unis, l'approbation de l'IRB pour les recherches sur des sujets vulnérables est strictement réglementée.

Étant donné que ce billet de blog porte sur une série d'études sur les sans-abris (voir plus de détails ci-dessous), examinons brièvement certaines des préoccupations éthiques que cela pourrait soulever. Les sans-abris peuvent être considérés comme une "population vulnérable" (c'est-à-dire vulnérable à la coercition), comme les anciens combattants ou les prisonniers. Voir, par exemple, ici, ici et ici. On pourrait imaginer que si des sans-abris entrent dans un refuge et sont invités à participer à une étude de recherche, ils pourraient ressentir une pression pour participer, afin d'avoir un lit et un repas ce soir-là. Même si la participation à l'étude n'influe pas réellement sur le droit de la personne à rester dans le refuge, une personne sans-abri pourrait craindre que ce soit le cas, ce qui lui ferait ressentir plus de pression que les chercheurs bien intentionnés ne l'auraient prévu. Dans de telles situations, les protocoles de recherche doivent être examinés par des comités IRB afin de garantir que les personnes recrutées ne subissent aucune conséquence négative en ne participant pas à l'étude.

La recherche sur les sujets humains en France

En France, les recherches impliquant des personnes humaines ne peuvent être approuvées par l'institut de recherche lui-même. Depuis 1988, ces recherches doivent être approuvées par l'un des 39 Comités de Protection des Personnes (CPP) régionaux. Le niveau le plus élevé de recherche sur l'homme - appelé RIPH1 - nécessite même l'approbation préalable de l'ANSM, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

Malgré ces règles éthiques strictes en France, de nombreux articles produits par les groupes de l'IHUMI/AMU de Marseille dirigés par le professeur Raoult semblent contenir des problèmes avec le processus d'approbation de la recherche sur la personne humaine. Un article paru en juillet 2021 dans le journal français L'Express, décrit plusieurs études du groupe Raoult qui semblent avoir été publiées sans l'approbation du CPP. Certaines d'entre elles incluaient des enfants. L'article décrit également plusieurs séries d'études de Raoult, toutes réalisées sous le même numéro d'approbation.

Article de l’Express par Victor Garcia, Juillet 2021. Source: https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/enquete-a-l-ihu-les-petits-arrangements-de-didier-raoult-avec-l-ethique-et-la-loi_2155083.html

Une décennie de recherches sur les sans-abri - toutes utilisant le même numéro d'approbation IRB

Un ensemble de 17 articles (voir ci-dessous pour la liste complète), couvrant 10 ans de recherche sur les sans-abris à Marseille, semble avoir été réalisé sous le même numéro d'approbation IRB, le 2010-A01406-33.

Bien que toutes ces études aient porté sur des sans-abris recrutés dans des centres d'hébergement de Marseille, les études elles-mêmes ont utilisé des protocoles d'étude et des méthodes de traitement/prélèvement d'échantillons très différents. Les études comprenaient la collecte de poux sur le corps des sujets, le traitement des sujets infestés de poux avec des sous-vêtements imprégnés de médicaments, le remplissage de questionnaires, des examens médicaux, des prélèvements nasaux et pharyngés, des écouvillonnages de la peau, des prises de sang, des échantillons rectaux, des prélèvements de crachats et des radiographies pulmonaires.

D'après les articles, il n'était pas clair si la même approbation 2010-A01406-33 couvrait toutes ces différentes méthodologies d'étude et types d'échantillonnage.

Dans certaines des 17 études de cette série, le numéro d'approbation de l'IRB est présenté comme une approbation locale, obtenue par Aix-Marseille Université ou l'IHU. Dans d'autres études, telles que DOI 10.1371/journal.pone.0058088, le même numéro est inscrit comme ID d'autorisation RCB de l'ANSM, comme dans "Le consentement éclairé a été obtenu de ces sujets, et l'étude a été approuvée par le Comité de Protection des Personnes Sud Méditerranée le 12 janvier 2011 (ID RCB : 2010-A01406-33)". Les auteurs ont donc peut-être confondu la nature du comité qui a approuvé cette recherche.

Qui a approuvé 2010-A01406-33 ?

Quoi qu'il en soit, il serait utile de savoir si les 17 études réalisées sur cette population vulnérable relevaient toutes du champ d'approbation initial de l'IRB. Et à qui appartenait ce numéro d'approbation ? Était-ce l'IHU lui-même ? L'un des 39 CPP français ? Ou l'ANSM ?

En mars 2021, j'ai envoyé un courriel au CPP Sud Méditerranée pour demander quel type de recherche était couvert par 2010-A01406-33, et ils ont répondu (c'est moi qui souligne) : "Le numéro RCB : 2010-A01406-33 a été donné par l'ANSM. Il est trop compliqué pour nous de revenir à nos archives papier de 2010 mais nous pouvons certifier que ce protocole d'étude a été approuvé par notre CPP."

Apparemment, le CPP n'avait pas entendu parler d'ordinateurs, de fichiers et de PDF en 2010, nous ne pouvons donc que craindre que notre ami 2010-A01406-33 vive dans une boîte poussiéreuse du troisième sous-sol, dans les souterrains les plus profonds sous les rues de Marseille.

Voilà comment je m’imagine les sous-sols du CPP Sud Méditerranée. Dans quelle boîte se trouverait le 2010-A01406-33 ? Source: U.S. Army Corps of Engineers Europe District, https://www.flickr.com/photos/34728058@N08/4382104364

Une demande similaire d'informations supplémentaires envoyée par e-mail à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) est initialement restée sans réponse, mais fin juillet 2021, ils m'ont envoyé une copie de la page de titre d'une approbation de 2010-A01406-33 datée du 21 janvier 2011. Le titre du protocole est "Eradication du portage du pou de corps par vêtements imprégnés de permethrine : essai comparatif versus placebo en double aveugle dans les populations défavorisées de Marseille".

Un seul numéro pour les gouverner tous

L'agrément que m'a envoyé l'ANSM n'est qu'une page de titre sans aucun détail, mais d'après le titre de l'étude, il semble couvrir une recherche qui a été publiée en 2014, à savoir : Effet des sous-vêtements imprégnés de perméthrine sur les poux de corps chez les personnes sans abri : A Randomized Controlled Trial - JAMA Dermatol. 2014;150(3):273-279 - DOI : 10.1001/jamadermatol.2013.6398 - 2014 - [PubPeer]

Dans cette étude, enregistrée sur ClinicalTrials.gov, 125 personnes sans domicile fixe ont été recrutées dans des centres d'hébergement à Marseille afin d'étudier l'effet de sous-vêtements imprégnés de perméthrine sur les poux de corps.

Sur la base de la documentation 2010-A01406-33 obtenue, il n'est pas clair si l'approbation contenait un langage spécifique pour garantir que les sujets de l'étude - les sans-abri - étaient traités avec respect et ne ressentaient aucune pression pour participer.

Autre sujet de préoccupation, l'autorisation ne semble pas couvrir le prélèvement de poux corporels, les prises de sang, la collecte de crachats ou les écouvillonnages rectaux. Pourtant, 16 autres études ont utilisé ce même numéro d'autorisation. Bien que la plupart d'entre elles aient également été réalisées dans des centres d'hébergement pour sans-abri à Marseille, elles portent sur des études et des spécimens complètement différents.

Liste des articles utilisant 2010-A01406-33

Voici une liste des 17 articles qui mentionnent le numéro d'approbation 2010-A01406-33 (notez que la recherche de Google Scholar donne 21 résultats, mais certaines entrées sont des doublons, ou des versions preprint). J'ai fait part de mes préoccupations concernant ces 17 articles sur PubPeer le 17 mars 2021, avec un courriel envoyé à l'auteur correspondant et à d'autres personnes.

Comme vous le verrez dans la liste, la plupart des articles s'écartent considérablement de l'approbation initiale, à savoir celle de l'étude de 2014 sur les sous-vêtements imprégnés (indiquée ci-dessous en gras). Ces articles impliquent des prélèvements intimes et invasifs sur des sujets sans-abri, notamment la collecte de poux de tête et de corps, un prélèvement pharyngé, une prise de sang et des écouvillons rectaux.

Il se peut que des détails importants manquent dans le texte de ces articles et que les études aient été réalisées conformément aux règles ou aux nouvelles autorisations du CPP ou de l'ANSM.

Une simple réponse des auteurs pourrait clarifier ces questions, mais malheureusement, aucun des articles listés ci-dessous n'a reçu de réponse des auteurs sur leurs posts PubPeer.

J'attends toujours une réponse officielle.

  • Detection of a Knockdown Resistance Mutation Associated with Permethrin Resistance in the Body Louse Pediculus humanus corporis by Use of Melting Curve Analysis Genotyping – DOI: 10.1128/JCM.00808-12 – 2012 – [PubPeer] – Louse sampling; given new clothes.
  • Distinguishing Body Lice from Head Lice by Multiplex Real-Time PCR Analysis of the Phum_PHUM540560 Gene – DOI: 10.1371/journal.pone.0058088 – 2013 – [PubPeer] – Louse sampling.
  • Effect of Permethrin-Impregnated Underwear on Body Lice in Sheltered Homeless Persons: A Randomized Controlled Trial – DOI: 10.1001/jamadermatol.2013.6398 – 2014 – [PubPeer] – Given clean underwear treated with or without permethrin.
  • Host switching of human lice to new world monkeys in South America – DOI: 10.1016/j.meegid.2016.02.008 – 2016 – [PubPeer] – Louse sampling, also from monkeys.
  • Changing Demographics and Prevalence of Body Lice among Homeless Persons, Marseille, France – DOI: 10.3201/eid2311.170516 – 2017 – [PubPeer] – Questionnaire and medical exam for lice.
  • Epidemiology of respiratory pathogen carriage in the homeless population within two shelters in Marseille, France, 2015e2017: cross sectional 1-day surveys – DOI: 10.1016/j.cmi.2018.04.032 – 2019 – [PubPeer] – Questionnaire, nasal and pharyngeal sampling.
  • Low prevalence of resistance genes in sheltered homeless population in Marseille, France, 2014–2018 – DOI: 10.2147/IDR.S202048 – 2019 [PubPeer] – Questionnaire, nasal and pharyngeal samples.
  • The Presence of Acinetobacter baumannii DNA on the Skin of Homeless People and Its Relationship With Body Lice Infestation – DOI: 10.3389/fcimb.2019.00086 – 2019 [PubPeer] – Questionnaire, medical exam, louse collection, swabs of skin, hair, neck, armpit, pelvic belt, blood sample.
  • Preliminary Feasibility Study of Questionnaire-based Active Pulmonary Tuberculosis Screening in Marseille Sheltered Homeless People, Winter 2018 – DOI: 10.2991/jegh.k.190510.001 – 2019 [PubPeer] – Medical exam, sputum samples taken for TB screening.
  • Enteric pathogenic bacteria and resistance gene carriage in the homeless population in Marseille, France – DOI: 10.1007/s10096-020-03889-6 – 2020 [PubPeer] – Questionnaire, physical exam, blood sample.
  • Pattern of infections in French and migrant homeless hospitalised at Marseille infectious disease units, France: A retrospective study, 2017–2018 – DOI: 10.1016/j.tmaid.2020.101768 – 2020 [PubPeer] – Homeless persons in Marseille admitted to IDU hospital, regular clinical care but also a mystery control group.
  • Molecular Evidence of Bacteria in Clothes Lice Collected from Homeless People Living in Shelters in Marseille – DOI: 10.1089/vbz.2019.2603 – 2020 – [PubPeer] – Louse sampling.
  • Molecular investigation and genetic diversity of Pediculus and Pthirus lice in France – DOI: 10.1186/s13071-020-04036-y – 2020 [PubPeer] – Louse sampling among homeless, and patients in Bobigny hospital (including 1 school child).
  • Variations in respiratory pathogen carriage among a homeless population in a shelter for men in Marseille, France, March–July 2020: cross-sectional 1-day surveys – DOI: 10.1007/s10096-020-04127-9 – 2021 [PubPeer] – Questionnaire, nasal samples.
  • Enteric pathogenic bacteria and resistance gene carriage in the homeless population in Marseille, France – DOI: 10.1556/030.2021.01346 – 2021 [PubPeer] -Questionnaire, rectal samples.
  • Epidemiological serosurvey and molecular characterization of sexually transmitted infections among 1890 sheltered homeless people in Marseille: Cross-sectional one day-surveys (2000–2015) – DOI: 10.1016/j.jinf.2020.11.026 – 2021 [PubPeer] – Medical exam, serum samples.
  • Screening Strategy of Active Pulmonary Tuberculosis in Sheltered Homeless People in Marseille, 2019 – DOI: 10.2991/jegh.k.201009.001 – 2021 [PubPeer] – Medical exam, Chest X ray, sputum samples taken for TB screening.

 

Sans-abri dans un tunnel. Credit: Mihály Köles @mihaly_koles at Unsplash